Dimanche dernier, au cours du week-end que nous avons passé chez mes parents, il y a une séance de visionnage de "vieux films familiaux". Sur ceux-là, j'avais 3/4 ans et ma soeur allait sur ses 1
an.
Ces vieux films me font deux effets un peu antagonistes :
- d'une part, la curiosité de me revoir toute petite, de retrouver les lieux de ma petite enfance dont je n'ai qu'une image floue. Surtout, la découverte (car je n'ai pas vu ces films souvent
finalement) de ce que je faisais, de ce que je disais surtout à cet âge-là, ma tchatche, mon accent du Sud [dont j'ai longtemps douté qu'il ait existé un jour], mes attentions
pour ma petite soeur, la répartie face à mes parents. Et puis également le visage de mes parents et leurs mots d'alors.
- d'autre part, ces dernières choses me procurent un sentiment mitigé, comme du voyeurisme. Comme si leurs actes et leurs paroles d'alors appartenaient à un passé que je n'étais censée
connaître et retenir que du haut de mes 4 ans (dont assez peu de souvenirs en définitive) et que la caméra permettait ainsi de déloger et de projeter en 2012, alors que chacun de nous avait
grandi, évolué, changé... et que peut-être, on aurait aimé oublier que l'on avait pu dire ou faire telle chose ? Rassurez-vous, rien de traumatisant dans ces vidéos, juste des fêtes
d'anniversaires, des après-midi en famille dans le jardin, des vacances à la neige...
Mais finalement, j'étais assez soulagée que ça se termine. Etrange, non ?
Et puis, au moment où nous allions partir, ma mère a sorti de sa pile de cassettes, une vidéo beaucoup plus récente mais que je n'avais jamais vue : Pti Tonique, son papa et moi lorsque ma
famille est venue me rendre visite à la maternité, en août 2010 donc. Là encore, plusieurs impressions se sont succédées :
- la gagatisation totale tout d'abord, en revoyant ce minuscule bonhomme qu'a été Pti Tonique, ses cris de nouveau-né dont j'avais oublié le son... et qui s'apaisaient à mon contact, tout
contre ma poitrine, le souvenir des petits rituels d'alors, ma façon de lui parler, moi jeune maman de quelques jours... Le sentiment que j'avais totalement oublié combien ils sont fragiles et
délicats ces êtres humains tous neufs, vulnérables et attachants. Un instinct de protection très fort à la vue de ce petit bout empaqueté dans son pyjama presque trop grand pour lui. L'envie de
le couvrir de baisers et de le garder contre moi éternellement. C'est donc cela qui va bientôt recommencer ? Comme ça va être beau et bon...
- je me suis dit que la caméra, c'est un outil précieux mais trompeur. Qui, à me voir là sur ces images, en train de parler de tout et de rien avec une mine presque pas fatiguée, peut imaginer
la douleur au périnée, la nuit seule à la clinique sans quasiment fermer l'oeil, avec un nouveau-né se réveillant toutes les 1/2h et qu'il fallait changer toutes les 1h30 ? Qui peut se douter des
angoisses de la jeune maman, de sa déception de devoir allaiter son fils via le contact artificiel d'un bout de sein en silicone ? Tant de choses que l'on imagine pas, sous l'image d'Epinal de la
jeune accouchée installée dans le fauteuil de sa chambre de maternité, son petit dormant paisiblement (et exceptionnellement !!!) dans son berceau transparent, tandis que ses mini mains s'agitent
dans son sommeil et que son petit bonnet en coton glisse au gré de ses mouvements ?
- j'ai eu l'impression que finalement, les personnes les plus à même d'apprécier ces images d'enfants, sont leurs propres parents. C'est peut-être une évidence une fois qu'on l'a dit mais
lorsqu'on filme son enfant, ne se dit-on pas parfois "il sera content de se voir quand il sera grand" ? Et bien j'ai le sentiment que les plus "contents" de tous, ce seront les parents
desdits enfants ! On le fait finalement davantage pour nous. Car c'est pour nous que ces images seront les plus parlantes, qu'elles remémeront une époque, une ambiance, nos pensées d'alors....
Nos enfants les contempleront davantage comme des témoignages figés, des faits, des images qui ne représenteront que ce qu'elles ont de visibles, sans forcément apporter une aussi grosse bouffée
nostalgique qu'à leurs parents. Ceci étant vrai surtout pour la petite enfance car au fur et à mesure que l'on grandit, davantage de souvenirs se gravent et nous avons plus de chances que les
images nous "parlent" à nous aussi.
Mr Sioux et moi, nous avons fait quelques petits films de Pti Tonique dans des situations touchantes (ses premiers instants, son sommeil, des tétées...) mais principalement humoristiques. Je sais
que nous prendrons tout le plaisir du monde à les regarder, quelle que soit leur durée... mais qu'en est-il de Pti Tonique ? Cela l'amusera-t-il de se voir battre énergiquement des jambes en
continu sur la table à langer à 2 mois ? De se voir rigoler et babiller avec son père à 5 mois dans sa chaise haute ? De se voir endormi et serein contre le sein de maman ? De se voir faire le
pitre dans le salon à 13 mois ?
L'avenir nous le dira...
Mardi 21 février 2012
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07:46
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Par Madame Sioux
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Publié dans : La vie de la famille Sioux
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