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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 09:24

Ce matin, pour une fois, j’ai pris quelques minutes pour parcourir les gros titres de ma newsletter du Monde. Et il y a un titre qui a attiré mon attention : Un rapport majore le nombre de suicides chez les enfants.

Extraits :

Selon l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), 37 enfants et préadolescents de 5 à 14 ans se sont donné la mort en 2009

[…]

"Le cumul des événements qui déclenchent l'acte suicidaire résulte d'une cascade de déchirures invisibles, d'une convergence d'événements de nature différente", qui peuvent être un deuil précoce, un conflit entre les parents, des maltraitances, l'absence d'un univers sécurisant à la maison, le harcèlement à l'école […] L'enfant "insécurisé", "seul, sans partage de la souffrance, sans aide ni possibilité de déchiffrer ce qui lui arrive, le jour où il comprend ce qu'est la mort, il se laisse prendre", écrit encore Boris Cyrulnik

En premier lieu, ça me paraît difficile à concevoir. Qu’est-ce qui peut pousser un enfant si jeune à prendre une telle décision ? Le fait justement qu’il soit tellement jeune qu’il ne comprend pas vraiment l’aspect définitif de son geste et n’en perçoit que le « bénéfice » immédiat, à savoir ne plus avoir à souffrir et supporter des choses trop lourdes pour lui au quotidien ?

***

Irrésistiblement, cela me rappelle ma propre enfance, une période pas très gaie regroupant plusieurs mal-êtres évoqués ci-dessus : des conflits parentaux quotidiens, qui prenaient toute leur ampleur sonore et dramatique le soir une fois que j’étais couchée, me laissant seule avec mes peurs, mes larmes, à attendre que le conflit s’apaise pour pouvoir m’endormir, les tripes nouées ; un harcèlement (verbal) de masse au collège, des moqueries, un sentiment d’infériorité, un grand défaut de confiance en moi.

Des conditions de vie qui me poussaient à questionner l’intérêt de lutter contre les jours à la pesanteur et à la tristesse sans cesse renouvelés et à ouvrir la porte des WC, lorsque j’étais seule, pour aller observer de plus près l’armoire à pharmacie. L’ouvrir, me demander ce qu’il faut prendre pour que ça s’arrête, mais pour que ça ne fasse pas trop mal quand même. Et puis que ça ne soit pas définitif non plus, parce qu’un faible espoir refuse de s’éteindre, là, tout au fond de ma poitrine…

Puis le temps a passé, un déménagement salutaire a contribué à relever un peu la famille ou en tous cas, dans un premier temps, à m’offrir une vie à l’extérieur de la maison plus sereine et rassurante sur la potentielle beauté des jours à venir.

Plus tard, une autre période très difficile mais à un âge qui ne rentre plus dans le cadre de ce sondage. Tout juste adulte. Un âge auquel les tentatives de suicide sont sûrement légions – banalisées ? Où j’ai trouvé un moyen un peu moins définitif de faire sortir la douleur de mon corps. Mais c’est une autre histoire…

***

Nous parlions un peu de ça sur Twitter tout à l’heure et La Bouseuse nous disait ce qui faisait selon elle la différence : la certitude de l’enfant d’être aimé. Ca me paraît une bonne piste. Peut-être est-ce la raison qui m’a toujours empêchée de passer à l’acte, malgré tout. Savoir que je laisserai une peine incommensurable dans le cœur de mon entourage, une peine qui pourrait même les pousser à se déchirer encore plus alors à quoi bon ?

En tous cas, je fais le vœu d’apprendre à mes enfants à verbaliser suffisamment et d’être toujours en capacité moi-même de percevoir leurs douleurs, au-delà de mes propres préoccupations, pour qu’ils se sentent aimés et entendus chaque jour.

Pour éviter le pire.

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commentaires

Val1603 30/09/2011 13:52



Une belle réflexion et un beau témoignage...



Maman Sioux 30/09/2011 22:56



Merci d'être passée et pour ton message.



Audrey Maman Nature 29/09/2011 17:19



Ton article me parle énormément. Et je rejoins complètement sur la certitude d'être aimé qui change tout et évite les passages à l'acte. J'ai d'ailleurs écouté une ITW de ce cher Boris
aujourd'hui, il expliquait très bien à quel point le fait d'être entouré et aimé empêchait de passer à l'acte... je n'en dirai pas plus mais ça réveille plein de choses enfouies en moi et je suis
certaine moi aussi que c'est le fait d'être certaine de l'amour de mes parents, et de mes frères et soeurs (et la volonté de ne pas les faire souffrir) qui m'a fait tenir le coup (et
heureusement, ouf!!!!)



Maman Sioux 30/09/2011 12:23



Oui, heureusement comme tu dis ! Parce qu'après la tempête, le calme revient, on continue de se construire, on avance, on rencontre des gens qui en valent la peine et on finit par fonder une
merveilleuse petite famille (ou pas) et on est super heureux



crisprolls 29/09/2011 15:37



ton article me touche tellement........je me retrouve dans ce que tu écris, je n'ai jamais vraiment pensé au suicide mais tellement peur d 'etre confronté à cela poru mes enfants! c'est pour cela
que comme toi, j essaie au maximum de les faire formaliser les petits ou gros tracs dela vie quotidienne tout en les rassurant au quotidien



Maman Sioux 30/09/2011 11:41



La communication est importante en effet, il faut espérer qu'ils se sentiront toujours assez en confiance pour nous confier les choses les plus graves - mais ça me rappelle que je l'avais fait
avec ma mère, pour ma 2e période difficile, à 19 ans, et elle m'avait aidée.



Mme Déjantée 29/09/2011 13:09



Ben alors??? Tu fais les Vendredis Intellos le jeudi maintenant?? ;)


Non, je plaisante mais c'est parce que ton article m'interpelle, vraiment vraiment beaucoup...


Lorsque l'Anté-pré-ado a commencé à avoir des angoisses de mort, après la naissane du Gros-Plein-de-Lait, il nous disait souvent qu'il "préférait mourir", qu'il "voulait mourir", etc...Quand nous
l'avons amené chez une psy, j'ai parlé de ces évocations qui m'avaient donné froid dans le dos...pour elle, cela ne "se passait pas comme ça chez un enfant"... Ceci étant, elle était aussi
persuadée que moi et Mr Déjanté dramatisions une situation normale... il a fallu 1 mois pour qu'elle admette que le niveau d'angoisse de l'Anté-pré-ado était préoccupant et qu'il fallait
l'aider...(à ce détail près que je suis dès lors devenue dans son esprit la cause n°1 de tous les problèmes de mon fils... charming!!)


Dernière remarque à propos du collège: c'était tous des cons! (un jour, peut être j'en parlerai)



Maman Sioux 30/09/2011 12:14



Oui, après coup, je me suis dit qu'avec un texte à l'appui, ç'aurait pu être un VI ! Mais j'ai réagi dans l'immédiat, c'est pas grave - et j'avais déjà un sujet pour aujourd'hui !


Purée les psys, ils ont vraiment pas d'imagination, faut toujours que ça retombe sur la mère !! Vous avez pas essayer d'en trouver une autre du coup ? Moi, j'aurais été aussi préoccupée que vous
avec un enfant qui formule de telles choses - même si la formulation est souvent un rempart à l'action.


Oh oui, le collège, c'était vraiment une période de merde, le comble de la méchanceté et de l'âge bête, je crois que je n'ai pas été la seule à "ne pas aimer" (doux euphémisme).



LMO 29/09/2011 11:09



Quand j'étais petite (une dizaine d'années) j'avais piqué un livre chez ma grand-mère qui évoquait une dizaine de suicides (ma GM était très friande de ce genre de trucs). Ce livre m'a boulversé
(j'étais un peu jeune pour le lire faut dire), des petits de 3 ans à un jeune garçon de 16 ans, tous se suicidaient pour des raisons plus ou moins "absurdes" (selon moi à l'époque). Mais pour
chacun, un profond manque de communication au sein de la famille, un sentiment de glauqe. (mais bon, les récits accentuaient sans doute cela)


J'ai vécu des choses atroces, mais je n'ai jamais eu envie de me suicider. Comme tu le dis, la peur de faire un mal fou à ma mère que j'aimais tant et qui m'aimait aussi très fort (très mal mais
fort, je pense). Je pensais que sans moi, elle serait perdue (ce qui n'était pas faux) et je ne voulais pas lui infliger ça.


Par contre, j'ai eu maintes fois envie de tuer. Peut être que cette violence que j'avais, avec passage à l'acte particulièrement brutaux, en imagination, ces enfants là l'ont contre eux-même...
Et passent à l'acte...


C'est vraiment terrible d'imaginer la souffrance morale qui les a poussé à en arriver là.


 



Maman Sioux 30/09/2011 12:17



Moi je crois que je m'étais acheté un livre (Que sais-je) sur l'histoire du suicide, un truc comme ça ! C'est vrai que ça fascine, comme tout ce qui tourne autour de la mort, quand on est aussi
jeunes. Par contre, un livre parlant du suicide d'enfants aussi jeunes, ça a dû être vraiment super hard à lire...


Finalement, quand je pense à ce que tu as vécu et que tu as su non pas le retourner contre toi mais vers l'autre, en souhaitant tuer, je me dis que le passage ou non à l'acte n'est pas forcément
la marque d'une souffrance plus grande, juste comme on dit, le signe d'un manque d'alternative, d'une totale désillusion parce que l'on a personne vers qui se tourner ou qui pourrait être
vraiment blessé par notre absence.



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