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25 novembre 2011 5 25 /11 /novembre /2011 09:52

Nous vivons dans une société qui refuse la douleur, qui ne veut pas la voir, ni la sentir […] Dès que nous avons mal quelque part, nous cherchons un sédatif sans même nous poser la question : pouvons-nous vivre un peu avec cette sensation désagréable ?

En France, il existe un cadre législatif comportant un certain nombre de textes de loi prouvant que le sujet de la douleur est pris en compte dans la politique de santé. […]

Il en résulte un abaissement progressif du seuil de perception de la douleur et surtout le réflexe de la fuir, de la craindre, de la nier plutôt que d’aller à sa rencontre et de l’accepter. L’augmentation de la consommation d’antalgiques entraîne une diminution du seuil d’acceptation de la douleur. Lors de séances de préparation à la naissance, quand je questionne des femmes en leur demandant si elles ont déjà éprouvé de la douleur, la réponse est souvent négative : quand elles ont mal, elles prennent un cachet. Elles ne se rendent pas compte que cela les rend encore plus sensibles à la moindre douleur. Faire face à la douleur n’est plus du ressort de l’individu mais du soignant qui est censé pouvoir la soulager. L’individu perd son autonomie, sa responsabilité face à la douleur et perd également le sens qu’il aurait pu lui donner. […]

Bien sûr, je ne remets pas en question le fait de prendre un sédatif pour soulager une douleur trop violente, une douleur chronique, ou une douleur provoquée par un geste médical. Je pose simplement la question sur les conséquences de ce qui est une évidence pour bien des gens : douleur, si petite soit-elle, égale recours au médicament.

Je ne dis pas non plus que tout le monde agit comme cela. Mais je reste persuadée que les femmes qui ne font pas appel à des antalgiques dans leur quotidien, possèdent déjà des outils qui leur permettent de s’adapter à la douleur. Elles n’ont pas conscience qu’elles se préparent déjà à l’accouchement.

 

« J’accouche bientôt et j’ai peur de la douleur », Maïtie Trelaün, pages 31 à 32.

 

livre-j-accouche-bientot.jpg

 

Ceci est un extrait du chapitre 1 « De la douleur ».

Je commence actuellement le chapitre 2 sur la physiologie de l’enfantement et de la naissance, le rôle des hormones naturelles qui font progresser le travail si on les laisse agir… Bref, j’ai vraiment hâte de lire la suite de ce livre qui me parle de plus en plus ! Et je vous en reparlerai certainement.

Pour autant, ce 1er chapitre n’est pas inutile car il rappelle les causes sociétales, religieuses et familiales de l’appréhension que chaque individu a de la douleur. Ce sont des considérations non négligeables pour qui veut comprendre sa douleur et envisager d’y répondre autrement.

En ce qui concerne les causes sociétales, cet extrait m’a particulièrement touchée. J’ai réfléchi à ma relation aux médicaments, et plus particulièrement aux anti-douleurs.

J’ai été élevée selon les principes des textes de loi susmentionnés, toute douleur doit pouvoir être soulagée. Y compris concernant l’enfantement : à quoi cela sert-il de souffrir « pour le fun », en quelque sorte ? C’est d’ailleurs ce que j’ai répondu à l’anesthésiste, lors du rendez-vous au 8e mois de ma 1ère grossesse : à la question « pensez-vous prendre la péridurale ? », j’ai répondu « oui, je vois pas l’intérêt de souffrir pour le plaisir ». Je crois qu’aucune phrase ne pouvait faire plus plaisir à un anesthésiste !!!

Depuis, j’ai beaucoup cheminé.

Déjà, la grossesse m’a obligée à repenser ma consommation de médicaments… qui n’était pas phénoménale non plus, faut pas exagérer ! Mais c’est vrai que je ne réfléchissais pas très longtemps avant de prendre un Doliprane, si j’estimais que cela pouvait me soulager. Je me souviendrais toujours de la méga pharyngite que j’ai subie pendant le 1er trimestre de ma grossesse : je n’ai jamais eu aussi mal à la gorge de ma vie ! C’était vraiment insoutenable, même la simple déglutition me faisait grimacer, alors c’était vraiment un supplice en cette période de Noël où l’on passait l’essentiel de notre temps à manger. J’ai testé des pastilles homéopathiques qui marchaient pas mal – mais jamais autant que l’analgésie totale procurée par les anti-inflammatoires que je prenais habituellement dans ce cas. J’ai tenté l’eau chaude additionnée de miel et de citron… c’était moins mauvais à boire que je ne pensais mais pas très efficace… Bref, j’ai souffert quoi !!! Cela s’est ensuite poursuivi avec un mal de dos, au niveau du sacrum plus précisément, qui ne m’a pas quittée pendant 9 mois, allant parfois jusqu’à me faire pleurer lorsque je me trouvais en position allongée. Là encore, j’ai dû apprendre à gérer, un peu, à soulager autrement que par les anti-inflammatoires, aussi – notamment grâce à l’ostéopathie, même si rien n’a eu d’effet miraculeux.

Mais sans que je m’en rende compte, ou peut-être parce que je n’en ai pas vraiment eu besoin depuis, j’ai l’impression que mes réflexes médicamenteux ont évolué. J’ai l’impression de prendre moins de médicaments qu’avant cette grossesse – je n’en prends à vrai dire quasiment plus. Ma pharmacie domestique se vide à vue d’œil, au fur et à mesure que les boîtes se périment. Du coup, lorsque j’ai besoin de quelque chose, je n’ai plus rien sous la main. Et je remplace peu à peu, notamment pour soulager mon fils, ces boîtes blanches par de petits tubes bleus homéopathiques.

 

douleur-femme-accouchant.jpg

 

L’accouchement physiologique que j’envisage pour cette 2nde grossesse passe, pour que les conditions de la physiologie soient réunies, par une absence d’analgésie péridurale – mais par un faisceau d’autres moyens pour soulager la douleur de l’enfantement : positions, respiration, sons, massages, bain chaud, points de compression, etc (en tous cas j’espère que ça marche !!!). Même si j’aurais toujours le choix d’y avoir recours à tout moment. Mais lorsque j’explique à certaines personnes qui m’entourent en quoi cela va consister (grosso modo), elles me regardent avec des yeux ronds à l’idée que je veuille, volontairement, me passer de péridurale. C’est d’ailleurs ce que je devais faire moi aussi, mais intérieurement parce que je suis polie, lorsque des femmes m’expliquaient avoir accouché par 3 fois sans péridurale, et ce par choix. Pour moi, cela relevait d’une idéologie un peu extrémiste, comme ces femmes très croyantes dont parle également Maïtie Trelaün dans ce chapitre 1, qui semblaient vouloir retenir la douleur à chaque contraction et l’exprimer très fortement, comme pour mieux se soumettre à leur Dieu en « enfantant dans la douleur », ainsi que le prédit (l’ordonne ?) la Bible.

J’évolue en fin de compte. Et même si c’est d’une platitude convenue, ma grossesse et ma maternité m’ont fait mûrir et m’ouvrir à beaucoup de choses.

Parmi elles, il y a la gestion de la douleur et sa place dans ma vie.

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commentaires

Vaallos 29/11/2011 20:16


C'est très intéressant comme réflexion...


Pour ma part je connais un peu la douleur à cause d'un dos capricieux. Je prends difficilement des anti-douleurs pour la simple raison que je la prends comme une information importante, un appel
au repos. La masquer c'est risquer d'aller trop loin. D'ailleurs, je pense qu'il serait beaucoup plus sain de prendre le temps d'une sieste plutôt que d'un cachet, quand un mal de tête se montre.
Quand c'est possible bien sûr, lever le pied avant de prendre un médicament...

Flolasouricette 26/11/2011 22:48


J'adore ta réflexion, je trouve que c'est bien difficile de se décider ou pas pour la péri. Pour Grand Doux, je n'en voulais pas mais j'ai craqué, journée où les sage-femmes étaient débordées,
trop de douleur. J'ai beaucoup hésité pour Minidoux pour finalement décider de la demander : eh bien, je n'y ait pas eu droit en fin de compte (pas d'anesthésiste dispo). Bon pour être honnête,
j'ai un peu douillé sur le coup. Mais j'étais hyper fière de l'avoir fait (ne riez pas), d'avoir fait naître mon enfant presque toute seule. Minidoux est arrivé en super forme, l'allaitement a
démarré comme sur des roulettes, et j'ai eu l'impression de me remettre bien plus vite que pour le premier. Je ressens comme un lien supplémentaire entre Minidoux et moi que je relie à cet
accouchement bien plus "rock n'roll" que ce que j'avais prévu, bien que j'ai un peu du mal à l'expliquer. Si un jour un petit troisième pointe le bout de son nez, je ne sais pas du tout ce
que je choisirai. Bravo et bon courage de te lancer dans ce beau projet.

sophie 26/11/2011 11:11


Mon avis est très tranchée et je crois que je suis une ayatollah de la péri ... Vraiment. C'est mon côté
vieillot . Plus sérieusement, c'est peut être d'avoir des douleurs chroniques, dos en compote et surtout très
migraineuse, qui ne me donne pas du tout l'envie de me confronter à la douleur de l'accouchement. Je connais mes limites. 


Mais je t'admire, si si !, de te lancer dans cette aventure, j'espère vraiment que tu vivras l'accouchement dont tu rêves.

Madame Sioux 27/11/2011 10:55



Franchement, devoir me passer de péridurale, c'est le point qui m'a le plus fait hésiter à choisir ce type d'accouchement. Mais je m'encourage en me disant que si les contractions étaient aussi
insupportables la 1ère fois, c'est parce que c'était un déclenchement - ce qui est partiellement vrai mais je suis quand même réaliste hein !


Bref, on verra. Et l'avantage du plateau technique, c'est que je peux changer d'avis à tout moment.


Mais je conçois que les personnes déjà très sujettes aux douleurs - comme ma mère qui souffre d'une fibromyalgie par exemple - aient encore moins envie que les autres de l'expérimenter "pour le
fun"...



Prune 25/11/2011 21:20


J'ai bcp aimé ce bouquin, c'est un de ceux qui m'ont été le plus utiles pour préparer l'accouchement de ma deuz' (sans péri, alors que je l'avais prise pour mon ainée).


Je trouve qu'avant toute chose il explique bien que notre corps à ses propres ressources pour gérer la douleur de l'accouchement, ce qui fait que parfois ce n'est pas si terrible. Enfin je ne
veux pas généraliser mon cas, ayant eu un accouchement particulièrement court, mais le peu de souvenir que j'en ai je n'ai pas eu tellement mal, et en particulier je n'ai pas eu mal lors de
l'expulsion.


SI l'occasion se présente, Maïtie Trelaün donne régulièrement des conférences dans la région. Elle a aussi écrit un autre super bouquin sur la préparation à la naissance, qui est plus pratique,
avec des tas de photos de position pour le travail et l'accouchement selon les situations.

mamanblog 25/11/2011 21:09


Chez nous on prend rarement des médicaments... bon c'est vrai qu'on est rarement malade donc c'est un peu normal.


On est suivi par un médecin qui préfère attendre avant de nous donner quoique ce soit et généralement on est guérit assez vite. Mais c'est vrai que j'ai pu rester au lit certaines fois car
j'étais agonisante ;-)


Pour la deuxième grossesse je me suis laissée le choix de faire ou non la péridurale. J'ai tenu 7 heures mais quand j'ai été dilatée à 7 j'en pouvais plus... J'ai cédé ;-)

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