J'ai plusieurs cordes à mon arc : mère épuisée mais comblée (de Pti Tonique 3 ans et l'Iroquoise 16 mois), rédactrice Web indépendante, squaw libérée, concubine intermittente (quand il nous reste 5 min), cuisinière de trucs rapides qui prennent toujours plus de temps que prévu, écrivaine à la plume de vautour, chevaucheuse de bisons dans les plaines autour de Lyon.
Le mercredi, c'est ravioli !
Non, en vrai, le mercredi, c'est journée privilégiée entre Maman Sioux et son Pti Tonique donc pas le temps (vous me comprendrez) de bloguer. Je vous ressers donc mon récit d'allaitement initialement rédigé en réponse à l'appel à témoignages de Maman Sur Terre, qui l'a aimablement publié il y a environ un mois.
Bonne lecture !
Maman sur Terre a lancé un appel à contributions sur l'allaitement, je suis très heureuse d'y répondre. J'espère être un exemple supplémentaire qu'il existe autant d'histoires d'allaitements que de couples mère/enfant et qu'il est donc important de se faire confiance et d'aller au bout de son envie.
Depuis que j'ai commencé à réfléchir à la question et à voir des bébés dans mon entourage, je me suis dit que j'allaiterais. Ca me paraissait évident et beau, en plus d'être "naturel". C'était un rituel et des gestes que je me voyais déjà faire, en peau à peau avec mon bébé, je sentais que ça serait magique.
Pendant ma grossesse, quand on me posait la traditionnelle question (enfin, UNE des traditionnelles questions auxquelles les futures mères n'échappent pas, en plus de "t'as pris combien de kilos ?" et "vous avez trouvé le prénom ?"), "tu vas lui donner le sein ou le biberon ?", je répondais donc que je comptais allaiter. Et là, j'avais tout de suite droit aux histoires les plus catastrophiques connues de mes interlocuteurs, entre celle qui n'avait "pas de lait", celle dont le lait "n'était pas assez nourrissant", dont le bébé ne grossissait pas, etc etc. Bref, on ne peut pas dire que cela me rassurait mais je restais convaincue de mon choix, seulement je commençais à comprendre que cela constituerait peut-être un combat !
(au passage, j'en profite pour recommander le livre du Dr Marie Thirion à celles qui ne le connaitraient pas, mais également le site Santé allaitement maternel dont la plupart des contenus ont été rédigés par l'auteure précitée)
Quand Pti Tonique est né, dès la salle de naissance, j'ai voulu le mettre au sein, comme recommandé pour "donner les meilleures chances à l'allaitement" (la phrase qui rassure, déjà...). Ca ne l'intéressait pas du tout, tout ce qu'il voulait, c'était regarder autour de lui et sucer son pouce (ce qu'il n'a jamais refait pendant les mois qui ont suivi !!).
Puis dès qu'il pleurait et manifestait l'envie (selon moi) de manger, je lui reproposais le sein. Il paraissait en avoir envie mais n'arrivait pas à le prendre et s'énervait, pour finir par pleurer encore plus. Au début, les puéricultrices et sage-femmes de la maternité me disaient de ne pas m'en faire parce que de toutes façons, il n'avait pas particulièrement besoin de manger pendant les premières 24h, il avait ce qu'il fallait.
Au bout de 24h, ça ne marchait toujours pas et je commençais à ne pas très bien le vivre... Je me remémorais les phrases des bouquins qui expliquaient que le réflexe de succion était inné chez le nouveau-né, que c'était par ailleurs nécessaire à sa "survie", que dès la sortie du ventre, il rampait en direction du sein de sa mère qui avait la même odeur que le liquide amniotique, etc. C'était peut-être censé rassurer celles qui craignaient ne pas savoir comment faire mais quand c'est le bébé qui n'a pas l'air au courant que "ça dépend de sa survie", ça commence à plonger la maman hyper accro à l'allaitement (genre si j'y arrive pas, je le vivrai comme un cuisant échec) en plein désarroi.
J'ai donc à nouveau demandé de l'aide.
La sage-femme qui était disponible à ce moment-là a donc tenté de faire comprendre à mon bébé comment téter en me prenant le sein d'une main (et en le pinçant dans sa main pour rendre l'extrémité plus facile à attraper... super agréable) et en prenant la tête de mon bébé de l'autre pour l'amener sur le sein.
Je vous laisse imaginer le succès d'une telle technique, surtout avec un bébé comme Pti Tonique qui allait s'avérer fortement réfractaire à toute forme de contrainte...
Pour finir, elle m'a proposé un bout de sein en silicone, plus facile à attraper pour bébé. Mais ça ne l'inspirait guère plus, il ne savait pas quoi en faire. Avec une seringue, la sage-femme a glissé quelques gouttes de lait maternisé liquide à l'intérieur du bout de sein et sur la langue de mon bébé. Il a fini par comprendre et se mettre à téter, faisant (enfin) couler mon lait jusqu'à lui, via le bout de sein ! Mais ça a pris quelques tétées pour qu'il se rappelle à chaque fois quoi faire de ce bout de silicone qu'on voulait lui fourrer dans la bouche...
Je précise que mes seins n'avaient pas de malformation particulière comme on peut l'entendre parfois (certaines auraient des bouts de sein pas assez "saillants" ou je ne sais quoi, voire le livre précité pour la destruction ou du moins l'atténuation de toutes ces idées reçues), simplement mon bébé ne parvenait pas à ouvrir la bouche suffisamment grand pour englober tout le mamelon et avait tendance à relever sa langue au moment de l'attraper, au lieu de la placer sous le mamelon pour le stimuler. Il avait apparemment pris l'habitude de téter sa langue in utero et ça n'aidait pas..
En sortant de la maternité, j'étais contente que mon bébé puisse avoir mon lait malgré tout mais je craignais aussi beaucoup qu'en prenant l'habitude du bout de sein artificiel, il ne parvienne jamais à téter mon sein, qui n'a quand même pas tout à fait la même forme ni la même texture !

En plus, pour me rassurer, on m'avait répété que l'allaitement mettait nécessairement quelques jours à se mettre en place (au début, on m'avait dit 3 jours, puis c'est devenu 1 semaine), mère et bébé devant trouver leur rythme, leur mode de fonctionnement et de communication, etc. Mais le temps passant, j'avais largement dépassé la semaine de "mise au point". Et dans ces moments-là (i.e., les premières semaines avec un premier bébé), le temps paraît évidemment toujours plus long que rétrospectivement...
Je me voyais aussi obligée de nettoyer mon bout de sein artificiel après chaque tétée, ce qui n'était pas dramatique mais un peu contraignant, pour moi qui voyait également dans l'allaitement l'avantage de ne pas avoir de préoccupation matérielle de ce type lors des repas, ni de biberonnerie à nettoyer/stériliser.
Je devais également emmener mon bout de sein partout et je ne trouvais pas ça très pratique pour allaiter en public ; ça enlevait un peu de son "charme" initial à l'allaitement.
Je reproposais régulièrement le sein à mon bébé et même si ses tentatives étaient plus poussées que les premiers temps, il finissait toujours par s'énerver dessus et pleurer de frustration (et de faim). Finalement, un jour où je l'avais laissé s'énerver un peu sur moi (au niveau de mon cou), il a glissé un peu et s'est retrouvé au niveau de mon sein. Et là, dans cette position de petit crapaud ramassé, il a attrapé mon sein et s'est mis à le téter avidement. J'étais aux anges !!!
Sauf que pendant les 2 jours suivants, il n'y est plus arrivé.
Bref, cela a pris encore quelques jours à alterner entre bout de sein et proposition de sein en direct (qu'il acceptait ou refuser selon les fois) pour que finalement, 3 semaines après sa naissance, il parvienne enfin à téter "normalement", pour mon plus grand bonheur !!
Par contre, un conseil qui m'a été utile pour ses débuts de tétée "en direct", c'était de vider un peu (3 ou 4 mouvements d'extraction) le sein avant de le donner au bébé parce qu'avec la montée de lait, les seins sont tendus et les bouts s'en retrouvent effectivement aplatis. Cela aidait mon bébé qui n'était pas encore très assuré.
Mais par la suite, je n'ai plus eu besoin d'effectuer cette manipulation, la faim le motivait suffisamment pour qu'il arrive à prendre le sein dans n'importe quelles conditions et quel que soit son état de tension !
Et heureusement, les débuts ne présagent pas forcément de la suite puisque maintenant, Pti Tonique est le roi de la transition sein/biberon, biberon/sein, un vrai jeu d'enfants pour lui et je l'en remercie !
J'ai effectivement dû reprendre le travail quand il avait 2 mois et demi et j'ai donc pris le rythme de tirer mon lait 2 fois par jour au boulot pour le confier à sa nounou. De cette façon, non seulement il a toujours mon lait (et toutes les bonnes petites choses qu'il y a dedans !) mais en plus, je maintiens la lactation et peux lui donner le sein les jours où nous sommes ensemble, autant de fois que nécessaire.
Je m'étais promis de l'allaiter (exclusivement) au moins 6 mois pour des raisons de gros antécédents allergiques familiaux puis de continuer le temps de la diversification et puis que je verrais.
Finalement, comme le disait quelqu'un sur ce blog il y a quelques temps, c'est vrai qu'après quelques mois, on pratique un allaitement très différent des débuts (qui sont contraignants en termes de disponibilité "corporelle" si je puis dire) où l'on savoure d'autant plus chaque tétée que celles-ci sont plus espacées (4 ou 5 par jour actuellement). Je dois dire que parfois, quand Pti Tonique "torche" ça en 10 minutes, c'est presque moi qui reste sur ma faim !
Il a donc 6 mois et demi aujourd'hui et je souhaite continuer à l'allaiter aussi longtemps que j'y prendrai du plaisir, que lui le souhaitera, que cela nous fera du bien à tous les deux.
C'est vraiment une expérience formidable, que j'espère pouvoir réitérer aisément pour ses futurs frères/soeurs !
Un dernier point pour que mon témoignage soit complet... Je ne veux pas lancer de débat parce que comme pour le choix sein/biberon, chaque choix est respectable (et le meilleur choix est celui qui permet à la mère et au bébé de s'épanouir), mais j'ajouterais que dans mon cas, le cododo m'a aussi permis de tenir le coup sur la durée. Nous l'avons pratiqué jusqu'à ses 2 mois et demi et ça m'a permis de me fatiguer (un peu) moins la nuit : lui tétait pendant que moi je me rendormais.
Pour finir, je voulais juste dire que si on a très envie d'allaiter, il ne faut pas hésiter à demander conseil, il est nécessaire de s'entourer de personnes bienveillantes, de mamans qui ont eu des allaitements dits "réussis" (forcément, c'est plus encourageant) et ne pas hésiter à faire appel aux conseillères en lactation de votre région.
Bonne continuation à toutes.