J'ai plusieurs cordes à mon arc : mère épuisée mais comblée (de Pti Tonique 3 ans et l'Iroquoise 16 mois), rédactrice Web indépendante, squaw libérée, concubine intermittente (quand il nous reste 5 min), cuisinière de trucs rapides qui prennent toujours plus de temps que prévu, écrivaine à la plume de vautour, chevaucheuse de bisons dans les plaines autour de Lyon.
Ca y est, nous l’avons fait. Je considère que nous avons à présent vécu notre baptême du feu de parents sérieusement inquiets pour leur enfant. Pas inquiet pour sa vie, mais presque.
Jusqu'à ce jour, nous avions connu le spectre de la mort subite du nourrisson, la peur de la chute de la table, la crainte de la noyade dans le bain. A présent, j’ai vécu la terreur de ne jamais retrouver mon bébé tel qu’il est né, tel que je l’ai toujours connu et tel que je l'aime.
Dimanche soir, retour de week-end, arrivée à la maison à 19h. Coucher de Pti Tonique à 21h, sans problème particulier.
0h20 : réveillés par les pleurs de Pti Tonique, nous constatons une grosse poussée de fièvre (39.8°C). La nuit se passe entre température en montagnes russes, tentatives de sommeil pour bébé et pour nous. Malgré tout, son comportement ne semble pas modifié donc nous restons relativement sereins, nous observons et prévoyons de l'emmener chez le médecin à la première heure de ce lundi matin. Après tout, Pti Tonique est en train de s'aggriper à notre tête de lit pour se hisser en position debout en chouinant : quoi de plus normal, le connaissant ?
Doliprane. Déshabillage. Bébé-bouillotte en couche.
A 5h30, nous le laissons jouer un peu entre nous dans le lit. Je laisse d’ailleurs Papa Sioux s’en occuper, essayant de grapiller l’heure de sommeil qu’il me reste encore potentiellement avant le réveil et le boulot.
C’est alors que Papa Sioux m’annonce que Pti Tonique est à 4 pattes, sans réaction, en train de le fixer les yeux écarquillés. Je prends bébé dans mes bras et constate son absence de réaction aux stimuli. Je lui parle et il regarde fixement dans le vide. Je le repose sur le lit. Il se positionne sur le côté, se cambre, ses membres sont raides et immobile, il regarde en l’air à gauche, comme s’il se dévissait le cou pour apercevoir quelque chose. Je ne comprends pas tout de suite ce qu’il se passe. Papa Sioux est au téléphone avec son père, pédiatre, qui nous apprend (je crois, je ne me souviens plus très bien) qu’il s’agit là d’une convulsion, que nous devons éviter de le stimuler le temps que la convulsion passe.
Aussitôt que le mot est dit, une anecdote me revient en mémoire.
Depuis la naissance de Pti Tonique, ma mère s’étonne que le pédiatre ne nous ait pas prescrit de Valium en gouttes à donner à notre bébé en cas de forte fièvre, comme c’était le cas à son époque, en prévention des convulsions que la fièvre peut intraîner et qui peuvent avoir de graves conséquences. Elle en veut pour preuve la sœur d’une petite copine d’école de ma sœur à l’époque, restée handicapée à vie des suites de convulsions nocturnes que les parents n’avaient pas entendues.
(en quoi le Valium leur aurait-il servi puisqu’ils ne se sont pas aperçus des convulsions ? je l’ignore, peut-être effectivement en prévention si les parents avaient détecté la fièvre avant la nuit, mais je ne connais pas toute l’histoire)
Alors je regarde mon bébé figé qui ne réagit pas quand je l’appelle et tout de suite, cette crainte m’étreint. Ca n’est pas possible. Ca ne peut pas nous arriver à nous.
Faîtes que ce soit bénin.
Il ne peut, il ne DOIT rien arriver à ce petit bout. C'est MON bébé. Un bébé si vivant et si parfait.
Je veux le connaître encore et le voir grandir tel qu’il est et a toujours été depuis sa naissance. Je ne veux pas qu’il en soit autrement. Il est trop unique, trop merveilleux pour qu’il en soit autrement.
Ca serait trop injuste. Trop brutal et imprévisible, vraiment trop injuste.
Je veux mon bébé râleur et souriant, je veux mon petit chou tonique et curieux, je ne me plaindrai plus jamais, c’est promis.
Je le veux entier, pour toujours.
La crise cesse. Pti Tonique se met à râler tout en gardant la même position. Par moments, il remue un membre de façon désordonnée. Au bout d’une dizaine de minutes, il s’agite vraiment, est à nouveau capable de communiquer avec nous, change de position.
Il a l’air normal.
Vite un ENORME câlin…
Puis la fièvre remonte, sans incidence apparente sur son comportement. Les pompiers arrivent, je charge ma précieuse petite bouillotte dans le camion, le tient farouchement contre moi.
J’expérimente ensuite une série de premières fois à l’attrait discutable :
Sommeil exténué sur maman dans la salle d’attente des urgences, emmitouflé dans une serviette de toilette emportée à la hâte, alors qu’il est parti en couche et que sa température a considérablement baissé. Nous attendons papa et les affaires.
Passage en priorité devant d’autres enfants arrivés plus tôt que nous mais un peu plus âgés, ayant des parents aussi inquiets et fatigués que nous le sommes. Moment de gêne.
Utilisation des box d’urgences pédiatriques « Winnie et ses amis » et « Capitaine Haddock ».
Examens et auscultations, déshabillage, rhabillage, prélèvements, pose de patchs, sondes, etc. Grosses crises de larmes, angoisses, fatigue, mal-être fiévreux.
Long moment de solitude lorsque je tente, sans succès, pendant plus d’1/2h de l’endormir contre moi, alors qu’il a la tête couverte de capteurs pour l’électroencéphalogramme (EEG)… qui se révèlera heureusement normal.
De 9 mois à 5 ans, les convulsions sont « acceptées », elles peuvent accompagner régulièrement la fièvre chez certains enfants. Mais de 9 à 12 mois, les médecins s’en méfient tout de même. D’où batterie de tests (EEG) et hospitalisation pour observation.
Aller-retour à la maison pour chercher quelques affaires me permettant de passer la nuit le plus à mon aise possible, aux côtés de Pti Tonique, tandis que son papa reste à ses côtés à l'hôpital. Appel de proches, ravalement de larmes quand je réalise en le racontant à quel point la convulsion de Pti Tonique m’a effrayée, renvoyée à mes pires appréhensions de mère.
Longues heures nocturnes à arpenter les couloirs de l’hôpital pour endormir bébé contre moi, dans le Manduca. Ses yeux se ferment, il tète vigoureusement sa sucette, puis il les rouvre dans la seconde suivante, alerté par une voix, le passage d’une puéricultrice ou le simple besoin de rester éveillé, je ne sais pourquoi.
Toutes les sensations des 3 premiers mois de Pti Tonique me reviennent : agacement, épuisement physique, incompréhension, malaise, manque de ressources (imaginatives)… et aussi de moyens (les chambres seules sont réservées aux enfants contagieux, dommage pour nous et pour nos voisins de chambrée, le petit garçon de 5 ans et sa mère qui dormiront peu) dans le cas présent.
Bilan