J'ai plusieurs cordes à mon arc : mère épuisée mais comblée (de Pti Tonique 3 ans et l'Iroquoise 16 mois), rédactrice Web indépendante, squaw libérée, concubine intermittente (quand il nous reste 5 min), cuisinière de trucs rapides qui prennent toujours plus de temps que prévu, écrivaine à la plume de vautour, chevaucheuse de bisons dans les plaines autour de Lyon.
Vous connaissez tous le fameux adage : "Avant, j'avais des principes. Maintenant j'ai des enfants".
Ca illustre bien le changement de point de vue qui s'opère à la naissance du 1er enfant. C'est vrai qu'on voit les choses différemment, c'est vrai que les priorités ne sont plus ce que l'on pensait qu'elles seraient, c'est vrai que certains anciens "principes" nous paraissent à présent dérisoires, d'autres sont venus les remplacer et pour certains, on hésite encore sur la façon de procéder...
En ce moment, je suis fatiguée. Je suis déboussolée, je doute. Je suis aussi à fleur de peau, je manque un peu de patience. Les larmes ne sont jamais loin, quelle que soit le type de contrariété (rater un train ou me sentir dépassée par l'énergie de mon fils). Je suis à la fois dans le présent et beaucoup dans l'avenir proche (naissance prochaine). Je passe mon temps à stresser (jusqu'en rêves) parce que les vêtements de la petite squaw ne sont pas propres et que je crains d'accoucher tôt et qu'elle n'ait rien à se mettre.
A côté de ça, je me prends des remarques de ma mère sur ma façon d'élever mon fils - renforcées par sa frustration de ne pas l'avoir vu depuis un moment -, je lis toujours pas mal et me questionne d'autant plus. Je finis par me demander si le plus simple, à un moment donné, ça n'est pas de fermer ses yeux et ses oreilles à tout et d'avancer droit devant, comme on le sent. A trop se questionner, ne s'y perd-on pas un peu ? En cohérence et en spontanéité ?
Et en même temps, je sais que non, ça n'est pas la bonne solution. Pas celle qui me convient quand je suis en état de tout gérer en tous cas.
Par exemple, j'avais toujours dit que ça n'était pas aux enfants de choisir, sûrement pas avant plusieurs années en tous cas, aussi bien choisir ce qu'ils vont porter que ce qu'ils vont manger. Ce n'est pas leur rendre service que de les mettre très jeunes face à trop de choix : ils ne sont pas en mesure de savoir ce qui va constituer un repas équilibré et en plus, trop de choix peut s'avérer source d'angoisse. Pourtant, j'ai très vite adopté, histoire que mon fils mange quelque chose au final - donc par facilité peut-on dire -, l'habitude de lui proposer entre fromage et yaourt, entre tel et tel fruit en voyant qu'il refusait le premier, etc [sauf certains jours où ça me fatigue, je me montre plus inflexible et ne propose pas de choix mais il finit par manger tel truc sur mes genoux parce qu'il ne veut pas le manger dans sa chaise
]. Je ne veux pas que mon fils sorte de table le ventre vide, je ne veux pas qu'il se braque face à la nourriture parce que je lui aurai imposé un truc (finis ton assiette de pâtes sinon tu n'auras rien d'autre), je ne veux pas que les repas deviennent des rapports de force. Oui mais je ne suis pas non plus persuadée que ma façon de faire lui rende service sur le long terme. Je suis perdue quoi.
Autre exemple : j'ai envie de répondre à ses demandes, à ses désirs, de satisfaire sa curiosité dans tous les domaines. Je me dis que je lui rends service et que je l'encourage dans son désir de découverte en le faisant participer à toutes les choses du quotidien (jusqu'à appuyer sur le bouton de la machine à café, ranger tel ou tel truc dans la cuisine, laisser des choses en libre accès pour qu'il soit autonome). Pourtant, quand il est à table et que son père va allumer la cafetière, je veux qu'il comprenne que cette fois-ci, il est à table donc il ne peut pas aller appuyer sur le bouton et suivre les préparatifs, parce que ça n'est pas le moment - même s'il en a très envie. S'en suit un grand moment de frustration, des yeux plein de larmes... et je me demande alors : "suis-je cohérente ?", "est-ce temporaire, acceptera-t-il mieux ces contraintes passé le Terrible Two, peut-il compendre ces différences un coup oui / un coup non, selon le contexte ?".
Ai-je raison de négocier pour tout : pour changer la couche, pour aller se laver les mains, pour ci ou pour ça (histoire que les choses soient faites mais sans pleurs, quitte à différer légèrement, à accepter de lire une histoire avant ou de faire telle autre chose) ?! Ai-je raison de lui proposer d'emmener un livre pour qu'il accepte de s'allonger sur la table à langer, ai-je raison de le laisser s'essuyer un peu lui-même avec la lingette pour qu'il accepte que je lui nettoie les fesses ? Dans quelle mesure dois-je lui "imposer" des choses ? J'oscille entre la "mise de cadres", le fait de lui faire comprendre qu'il y a des impératifs dans la vie, qu'on ne fait pas toujours ce que l'on veut, et le fait de ne pas lui imposer des choses sous prétexte que je suis plus "forte" que lui (je ne veux pas qu'il croit qu'on résoud les situations par la force), l'envie de lui faire faire les choses par goût, par persuasion (mais c'est pas forcément idéal non plus selon Thomas Gordon !! ah les bouquins...).
Sans parler de l'endormissement... Je le connais, je sais que je fais ce qu'il faut pour qu'il apprenne à s'endormir serein mais il est loin de savoir s'endormir seul. Si j'en crois tous les livres sur le sommeil, à son âge, c'est limite pathologique !! Pourtant, je sais que je ne suis pas le seul parent à procéder ainsi, à accompagner son enfant de la sorte, je sais que d'autres ont fini par obtenir des résultats de cette façon, tout en douceur et en accompgnement. Je mise aussi beaucoup sur le passage au lit de grand, passage imminent.
Je ne sais pas, je ne sais plus, je suis perdue (comme dit la chanson).
Bref, ça tombe bien. J'avais commandé ce livre il y a quelques temps :
Je crois que c'est le moment de l'attaquer sérieusement... en attendant que mes nerfs et mes hormones se calment, que je retrouve confiance en mes choix - en NOS choix, car heureusement, Mr Sioux et moi sommes sur la même longueur d'onde pour tout ça - et en notre façon de faire, que je puisse à nouveau répondre sereinement aux remarques et critiques (même si je suis de plus en plus persuadée que ça ne sert à rien, chacun restant toujours sur ses positions au final).
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J'ai écrit ce billet hier et là, au moment de le publier, je viens de vivre un vrai calvaire de repas avec mon fils - le truc un peu récurrent en fait. Alors c'est quoi la technique pour gérer les repas spécial Terrible Two : on le laisse manger juste du fromage, refuser tout ce qu'il y a avant (sauf si c'est du jambon ou de la viande bien sûr !), refuser les légumes et on essaie de le vivre de façon super détendue, parce qu'il paraît que ça va passer, et sans craindre de passer pour un parent démissionnaire auprès des gens chiants qui veulent absolument vous dire de "cadrer votrre enfant" ?!!!
Je craque là, si vous saviez... On en est à 2 coupelles cassées depuis ce matin, le plaisir de faire tous les trucs idiots possibles à table. Je vais quand même pas passer la semaine de vacances de la nounou à alterner les cris et les pleurs parce que j'ai les nerfs qui lâchent ?! Sans parler de mon ventre qui tire encore plus, de mon envie de solitude et de silence.
Bref, je m'arrête là, ça sert à rien d'en tartiner encore des tonnes.