J'ai plusieurs cordes à mon arc : mère épuisée mais comblée (de Pti Tonique 3 ans et l'Iroquoise 16 mois), rédactrice Web indépendante, squaw libérée, concubine intermittente (quand il nous reste 5 min), cuisinière de trucs rapides qui prennent toujours plus de temps que prévu, écrivaine à la plume de vautour, chevaucheuse de bisons dans les plaines autour de Lyon.
Depuis mardi, deux jours se sont levés.
Depuis mardi,des gens ont pris leur petit-déjeuner, des parents ont hâté leurs enfants pour ne pas être en retard à l'école, ils ont discuté au boulot du grand qui ne veut pas se laver et de la petite qui n'aime pas trop faire ses devoirs. Ils sont allés déjeuners, ils ont plaisanté. Des gens ont travaillé en pensant à leurs vacances qui approchent. D'autres ont savouré les joies des vacances, des barbecues entre amis, des douces soirées qui s'éternisent. Des gens ont poursuivi leurs vies, ont consulté leur agenda, ont râlé après leurs clés égarées, ont souri en pensant à leur famille sur le point de s'agrandir.
Même le soleil a eu l'indécence de briller.
Pourtant, mardi, une petite fille est morte.
A chaque fois que je passe devant sa maison, devant les sacs de terreau entassé dans la remorque par ses parents, pour des plantations qu'ils ne feront peut-être pas, je ressens l'incompréhension la plus totale.
Je me demande comment le monde peut continuer à tourner tandis que la maladie arrache des enfants à leurs parents.
Je ne peux m'empêcher de penser à sa chambre immobile à présent, aux jouets qu'elle ne touchera plus, aux vêtements figés dans les armoires, aux foulards qu'elle ne portera plus pour dissimuler ce que les traitements lui avaient oté, en échange d'un espoir et d'un peu de sursis.
Je ne peux m'empêcher de penser à ses amies qui doivent faire face à une perte si inhabituelle et confondante à leur âge, aux questions dont elles doivent abreuver leurs parents (ou à leur silence chargé d'incompréhension), aux angoisses peut-être générées chez certaines d'entre elles.
Je suis bouleversée et je la connaissais à peine.
Tout ce dont je me souviens, c'est de sa réponse, lorsque je lui avais demandé un jour, si elle avait des frères et soeurs :
"Non, mais j'ai 2 chiens !" avait-elle souri, heureuse.
Je sais qu'après la naissance d'un premier enfant malade, il est difficile d'en mettre au monde un second, de vivre la peur au ventre, de "prendre le risque" de le voir développer les mêmes symptômes dramatiques.
Et je ne cesse de penser à ses parents. Je me demande : que leur reste-t-il ? Comment pourront-ils surmonter le pire cauchemar de tout parent ?
La vie est injuste.
Mardi, une petite fille morte.
Et pourtant, la mienne sourit encore...