J'ai plusieurs cordes à mon arc : mère épuisée mais comblée (de Pti Tonique 3 ans et l'Iroquoise 16 mois), rédactrice Web indépendante, squaw libérée, concubine intermittente (quand il nous reste 5 min), cuisinière de trucs rapides qui prennent toujours plus de temps que prévu, écrivaine à la plume de vautour, chevaucheuse de bisons dans les plaines autour de Lyon.
Ces temps-ci, j'ai souvent tendance à me dire que dans mon foyer, je suis à présent devenue le parent, le référent, LA personne responsable sur qui tout repose (enfin, pour moitié hein, Mr Sioux est toujours là !
).
Régulièrement, dans certaines situations du quotidien, et notamment à travers nos échanges avec Pti Tonique (qui grandit tellement vite !), je suis amenée à revoir certaines bribes de mon enfance sous un nouveau jour.
Je ne possède toujours que des souvenirs reflétant ma vision d'enfant d'alors mais tandis que je me les repasse, j'ai la sensation de pouvoir changer de perspective, lever les yeux vers mes parents et je tente d'imaginer ce qui se passait alors dans leur tête, s'ils avaient les mêmes préoccupations, questionnements et appréhensions que moi aujourd'hui.
Quand j'étais enfant, il me semblait que tout ce que faisaient ou disaient mes parents résultait d'une logique propre, bien à eux, n'appelant pas particulièrement de réflexion de leur part mais simplement des réponses ou des actes qui leur seraient dictés naturellement, du fait qu'ils avaient décidé d'adopter, en amont, telle ou telle posture à notre égard.
Vous voyez ce que je veux dire ?
Je n'imaginais pas combien l'éducation d'un enfant peut receler de remises en question, de doutes, d'hésitations, d'une sorte de regard sur soi permanent.
Ai-je bien réagi dans telle situation ? Pourquoi n'ai-je pas pu m'empêcher de m'énerver ? Mes parents aussi, se questionnaient-ils autant intérieurement au moment où ils énonçaient une consigne qui semblait pour eux si évidente et irrévocable, vue de l'extérieure ?
Et là, que dois-je faire : m'énerver une fois de plus, ignorer sa bêtise (un peu dur hier soir quand j'ai vu le Veleda sur la porte blanche du lave-vaisselle !!!), répéter patiemment la consigne (- "On ne crie pas Pti Tonique, ça n'est pas possible, ça fait mal aux oreilles et ça n'est pas un moyen de se faire entendre" - Cause toujours mother, doit-il se dire !!!), faire un triple saut périlleux arrière pour qu'il soit scotché et oublie momentanément de jouer à allumer le four ??!
Hier soir, Pti Tonique a pris le lave-vaisselle pour un tableau blanc (heureusement, le Veleda n'était pas indélébile... mais j'étais un peu "crispée" avant de le savoir)
Quand je repense à la façon dont je voyais mes parents lorsque j'étais enfant puis ado, ces adultes solides (ou presque), toujours là pour moi (même la nuit, quand je vois ce qu'il m'en coûte aujourd'hui d'aller gérer 2 réveils au cours de la même nuit...) et semblant si sûrs de leurs principes et de leurs choix éducationnels !
(... et moi qui me disais que c'était trop injuste ou qu'ils n'avaient rien compris, bien sûr !)
Et la façon dont je me vois aujourd'hui, moi qui me sens si éparpillée et incertaine à l'intérieur, tellement pleine de "et si je fais ça, quelle utilité maintenant, quelle conséquence à long terme ?"... Je me demande comment Pti Tonique m'envisage actuellement en tant que parent, que référent décidant de ce qu'il peut faire ou non, que personne sécurisante qui répond (suffisamment ?) à ses besoins affectifs.
Et comment mes enfants me percevront-ils, toujours dans ces mêmes rôles, dans les années à venir ?
Et lorsqu'ils seront parents à leur tour ?