J'ai plusieurs cordes à mon arc : mère épuisée mais comblée (de Pti Tonique 3 ans et l'Iroquoise 16 mois), rédactrice Web indépendante, squaw libérée, concubine intermittente (quand il nous reste 5 min), cuisinière de trucs rapides qui prennent toujours plus de temps que prévu, écrivaine à la plume de vautour, chevaucheuse de bisons dans les plaines autour de Lyon.
Le pavé du jour de Linosqui sur la "compétition des bébés" (compétition créée par des "adultes frustrés" comme elle dit) m'a fait penser à la pression que l'on a finalement, toute notre vie sur les épaules. Pour être le meilleur sans cesse. A défaut de l'être partout (mais c'est bien dommage quand même, un petit effort !), au moins dans un domaine (si possible prestigieux - c'est-à-dire pas le concours du cracher de noyaux de cerises hein !), ça serait souhaitable.
Je repense immédiatement à la pression que mes parents (surtout mon père) m'ont mise, toute ma scolarité et qui se résumait ainsi : "Il ne suffit pas d'être bon, il faut être le meilleur". Donc quand je revenais avec une note correcte, voire moyenne, et m'en "excusait" en précisant qu'elle était tout de même au-dessus de la moyenne de la classe, on me demandait quelle avait été la meilleure note. Et immédiatement, la conclusion s'imposait : c'est cette note que j'aurais donc pu avoir.
D'un côté, je comprends que l'on ait cherché à me préparer à l'ambiance de la vie. D'un autre côté, j'ai toujours vu plein d'enfants réussir leur scolarité sans avoir de telle pression (affichée, en tous cas) sur les épaules. Beaucoup de mes amis qui réussissaient à l'école n'avaient pas des parents qui leur demandaient sans cesse où ils en étaient de leur devoir, est-ce qu'ils étaient bien sûr qu'une fois terminés les devoirs demandés, ils ne pouvaient pas en faire "un peu plus", pour être les meilleurs, etc. Alors avais-je personnellement besoin de cette pression-là pour travailler ? Je me le demande encore sincèrement aujourd'hui.
En faisant ce qu'il fallait mais guère plus, je m'en suis toujours pas trop mal sortie.Généralement, j'étais dans le groupe de "tête" de la classe mais je n'ai jamais été LA première de la classe - celle qui en plus réussissait non seulement en cours mais aussi en sport, était belle, bien habillée et avait un mec à tomber (pétasse ! oups). Bref, je m'égare... Oui je m'en sortais pas mal et de nombreux parents, je crois, auraient peut-être été heureux que leur enfant ait ce "niveau"-là en cours, et n'auraient pas cherché à leur mettre sans cesse la pression pour "aller plus haut" [Tina Arena, sors de ce corps !].
On aurait dit que mon apparente facilité à "m'en sortir" [y'a beaucoup de guillemets dans cet article dis donc !] était la cause de la pression que je recevais, la preuve que je pouvais donc faire encore mieux, en m'investissant un tout petit peu plus. L'impression que ça n'était jamaus suffisant, au lieu d'être stimulante, avait plutôt pour effet de me démoraliser - même si en dehors de la sphère scolaire, mes parents savaient nous valoriser pour ce que nous étions.
La vérité, c'est aussi que j'avais des parents assez angoissés de façon générale et que mon père connaissant d'assez près le monde du travail, je pense qu'il angoissait d'autant plus pour mon avenir professionnel, un avenir pour lequel il est toujours préférable d'afficher les meilleurs résultats, les meilleurs écoles, les meilleurs je-ne-sais-quoi. C'est pourquoi il fallait viser une bonne prépa puis Sciences Po, etc... car bien sûr, ainsi, c'était un bon job assuré.
Je n'ai fait qu'une année de prépa et je n'ai jamais décroché Sciences Po (et un essai m'a suffi pour ne pas vouloir re-tenter). J'ai finalement emprunté une voie beaucoup moins royale - la fac (bouh !!!!) - pour arriver à un job convenable (mais que je n'avais jamais envisagé avant que mon parcours m'y mène) et qui paie mes factures. Pas l'extase, non, mais en même temps, l'extase se trouve-t-il forcément dans le travail ?! Ces dernières années ont achevé de me convaincre que non [Mr Sioux et Pti Tonique (et mini squaw), si vous me lisez !].
Tout ça pour dire que je me suis très souvent demandée de quelle façon j'accompagnerais la scolarité de mes enfants. Légère pression, simple disponibilité, regard bienveillant, proposition d'aide récurrente, un mélange de tout ça ? J'ai en tête l'exemple de mes parents, dont je n'ai pas envie de reproduire la pression. D'un autre côté, n'ayant connu que ça, je ne sais pas comment on fait pour motiver un enfant sans le presser ainsi. J'ai tout de même l'exemple de Mr Sioux, dont les parents n'ont jamais été derrière lui, qui est d'un naturel sérieux et a tracé un peu seul son chemin, avec détermination mais sans acharnement (je crois ?), pour un résultat satisfaisant il me semble (à ses propres yeux avant tout). Qu'est-ce qui fait qu'un enfant saura se motiver seul, trouver de l'intérêt à court ou long terme à ce qu'on lui demande de faire ? L'éveil au monde et la curiosité qu'on l'aide à développer dès le plus jeune âge ? Un tempérament inné ? Le fait d'évoquer avec lui la sélection scolaire et la dure réalité du monde du travail ? D'autant qu'il faut tellement plus que de bonnes notes et une bonne école et de beaux diplômes pour "réussir" !!! Des tas de gens se sont réalisés avec un simple bac (et encore) mais avec beaucoup de volonté, d'imagination, une vision précise de ce à quoi ils aspiraient, beaucoup de motivation, etc.
Par "réussir", j'entends se réaliser dans quelque chose qui nous corresponde et nous permette d'en vivre (soyons quand même réaliste), de concilier tous les aspects de notre vie qui nous paraissent importants.
Comment fait-on pour être heureux, pour mettre toutes les chances du côté de notre enfant pour qu'il le soit ? Cela ne se construit pas uniquement au travers de la scolarité (heureusement !) mais je pense quand même qu'une scolarité qui se déroule bien ("dans le cadre", en somme) doit contribuer à trouver, l'esprit plus libre, ce que l'on souhaite faire pour "être heureux plus tard".
Qu'en pensez-vous ? Est-ce que ma réflexion est vraiment biaisée par mon vécu (forcément un peu d'ailleurs, c'est le principe...) ?