J'ai plusieurs cordes à mon arc : mère épuisée mais comblée (de Pti Tonique 3 ans et l'Iroquoise 16 mois), rédactrice Web indépendante, squaw libérée, concubine intermittente (quand il nous reste 5 min), cuisinière de trucs rapides qui prennent toujours plus de temps que prévu, écrivaine à la plume de vautour, chevaucheuse de bisons dans les plaines autour de Lyon.
Ce matin, pour une fois, j’ai pris quelques minutes pour parcourir les gros titres de ma newsletter du Monde. Et il y a un titre qui a attiré mon attention : Un rapport majore le nombre de suicides chez les enfants.
Extraits :
Selon l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), 37 enfants et préadolescents de 5 à 14 ans se sont donné la mort en 2009
[…]
"Le cumul des événements qui déclenchent l'acte suicidaire résulte d'une cascade de déchirures invisibles, d'une convergence d'événements de nature différente", qui peuvent être un deuil précoce, un conflit entre les parents, des maltraitances, l'absence d'un univers sécurisant à la maison, le harcèlement à l'école […] L'enfant "insécurisé", "seul, sans partage de la souffrance, sans aide ni possibilité de déchiffrer ce qui lui arrive, le jour où il comprend ce qu'est la mort, il se laisse prendre", écrit encore Boris Cyrulnik
En premier lieu, ça me paraît difficile à concevoir. Qu’est-ce qui peut pousser un enfant si jeune à prendre une telle décision ? Le fait justement qu’il soit tellement jeune qu’il ne comprend pas vraiment l’aspect définitif de son geste et n’en perçoit que le « bénéfice » immédiat, à savoir ne plus avoir à souffrir et supporter des choses trop lourdes pour lui au quotidien ?
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Irrésistiblement, cela me rappelle ma propre enfance, une période pas très gaie regroupant plusieurs mal-êtres évoqués ci-dessus : des conflits parentaux quotidiens, qui prenaient toute leur ampleur sonore et dramatique le soir une fois que j’étais couchée, me laissant seule avec mes peurs, mes larmes, à attendre que le conflit s’apaise pour pouvoir m’endormir, les tripes nouées ; un harcèlement (verbal) de masse au collège, des moqueries, un sentiment d’infériorité, un grand défaut de confiance en moi.
Des conditions de vie qui me poussaient à questionner l’intérêt de lutter contre les jours à la pesanteur et à la tristesse sans cesse renouvelés et à ouvrir la porte des WC, lorsque j’étais seule, pour aller observer de plus près l’armoire à pharmacie. L’ouvrir, me demander ce qu’il faut prendre pour que ça s’arrête, mais pour que ça ne fasse pas trop mal quand même. Et puis que ça ne soit pas définitif non plus, parce qu’un faible espoir refuse de s’éteindre, là, tout au fond de ma poitrine…
Puis le temps a passé, un déménagement salutaire a contribué à relever un peu la famille ou en tous cas, dans un premier temps, à m’offrir une vie à l’extérieur de la maison plus sereine et rassurante sur la potentielle beauté des jours à venir.
Plus tard, une autre période très difficile mais à un âge qui ne rentre plus dans le cadre de ce sondage. Tout juste adulte. Un âge auquel les tentatives de suicide sont sûrement légions – banalisées ? Où j’ai trouvé un moyen un peu moins définitif de faire sortir la douleur de mon corps. Mais c’est une autre histoire…
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Nous parlions un peu de ça sur Twitter tout à l’heure et La Bouseuse nous disait ce qui faisait selon elle la différence : la certitude de l’enfant d’être aimé. Ca me paraît une bonne piste. Peut-être est-ce la raison qui m’a toujours empêchée de passer à l’acte, malgré tout. Savoir que je laisserai une peine incommensurable dans le cœur de mon entourage, une peine qui pourrait même les pousser à se déchirer encore plus alors à quoi bon ?
En tous cas, je fais le vœu d’apprendre à mes enfants à verbaliser suffisamment et d’être toujours en capacité moi-même de percevoir leurs douleurs, au-delà de mes propres préoccupations, pour qu’ils se sentent aimés et entendus chaque jour.
Pour éviter le pire.