J'ai plusieurs cordes à mon arc : mère épuisée mais comblée (de Pti Tonique 3 ans et l'Iroquoise 16 mois), rédactrice Web indépendante, squaw libérée, concubine intermittente (quand il nous reste 5 min), cuisinière de trucs rapides qui prennent toujours plus de temps que prévu, écrivaine à la plume de vautour, chevaucheuse de bisons dans les plaines autour de Lyon.
Un article laissé en suspens depuis quelques temps dans mes brouillons et qu'un très bel article - Etre parent rend-il heureux ? - paru aujourd'hui sur Les Vendredis Intellos m'a donné envie de terminer.
Il y a 2 mois, je déjeunais chez mes parents et à la fin du repas, il me semble que nous évoquions ma fatigue de mère, le manque de sommeil (comme c'est original), toussa...
J'ai fini par lâcher que vraiment, ça n'était pas aidant d'avoir entendu toute sa vie, avant d'être parent, que les enfants "c'est que du bonheur" (même si nous pourrions épiloguer sur : n'a-t-on entendu que ça ou n'a-t-on pas voulu entendre le reste ? héhé.... vaste sujet).
Mes deux parents étaient face à moi. Je voyais ma mère acquiescer et dans son regard, je voyais défiler les nuits chaotiques, les jounées enfant malade, les soirées seule avec 2 enfants en bas âge... Et puis il y avait mon père, qui ne disait rien et qui, enfin, a dit ne pas être d'accord.
Ok, c'est fatigant d'avoir des enfants mais franchement, c'est tellement génial ! Pour lui, c'était sincèrement "que du bonheur". Il a rapidement admis que même s'il ne s'était jamais levé la nuit quand nous étions petites et n'avait pas trop géré la période 0-6 mois voire 0-1 an (et je pourrais aussi ajouter qu'il n'a jamais pris de jour enfant malade ni dû passer une seule journée seul à s'occuper de 2 enfants en bas âge...), il pensait pouvoir dire que la balance penchait suffisamment du côté positif pour que l'assertion habituelle "C'EST QUE DU BONHEUR" prenne tout son sens.
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Je crois que sur le fond - fond que nous pourrions résumer en "c'est pas toujours facile mais ça vaut le coup" - nous sommes d'accord. Je crois que nous savons tous les deux, mon père et moi, qu'une fois que tu as des enfants, quoiqu'il t'en coûte, tu ne peux plus imaginer ta vie sans eux (ou juste 2 ou 3 jours par ci par là pour souffler hein, quand même... svp !!!).
Je crois que mon père a été quelque peu choqué par mes propos, je crois qu'il ne comprenait pas.
Et moi, je pense que justement, la nuance se situe dans ce qu'il considère comme n'entrant pas en ligne de compte.
Sur la réalité des choses, je crois que plusieurs facteurs entrent en compte :
Un peu frustrée par la réaction de mon père, qui manquait fortement de réalisme à mon goût, j'ai appelé à la rescousse Mr Sioux, assis à côté de moi, "nouveau père" comme on dit. Mr Sioux qui se lève la nuit, change les couches, nourrit ses enfants, passe (parfois) des soirées seul avec 2 enfants en bas âge, participe à l'éducation, aux soins et au portage dès les premières secondes de vie de ses enfants.
Et là, Mr Sioux nous sort un truc du genre "Oui, c'est vrai que c'est pas facile tous les jours mais bon, c'est chouette quand même !". Là, j'ai eu envie de le pulvériser sur place. [Mr Sioux, qui tout en ayant vécu les moments difficiles de cette première année à 4, veut toujours 4 enfants (argh !)].
En même temps, Mr Sioux, il sait ce que c'est une journée ou une soirée seul avec nos 2 enfants en bas âge MAIS ça n'est pas lui qui les vit la plupart du temps.
Mais oui c'est choupi un nouveau-né !
Alors à quoi tient-elle, notre différence de point de vue à partir d'un même vécu ? Est-ce une question de nombre d'heures passées (à criser, pleurer, ramasser ses cernes, ...) avec les enfants ? Faut-il être celui qui a passé 3 mois 24h/24 à tenter d'apaiser des coliques tout en essayant de ne pas délaisser un aîné de 2 ans ?
Est-ce une question d'hormones ? (les hommes sont évidemment moins sujets à leur fluctuation, grossesse, allaitement et autres trucs obligent)
Est-ce une question de genre ? Le mâââââle est-il programmé pour garder plus facilement en mémoire le côté positif des choses
D'ailleurs, il n'y a qu'à voir : après une soirée passée seul avec les enfants, du retour de la crèche au coucher (enfin "aux couchers successifs" devrais-je dire), que se passe-t-il ?
Là, j'aurai limite tendance à culpabiliser.
Mais je me reprends vite parce que je sais que même s'il s'occupe seul des enfants de temps en temps, c'est quand même mon "boulot" la plupart du temps et tant qu'on aura pas pu inverser complètement la situation, on ne saura pas s'il finirait par dire lui aussi "non, ça n'est pas que du bonheur" ou s'il garderait cette même "positive attitude" (sic).
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En disant tout cela, en évoquant les difficultés, l'épuisement, le fait "d'en baver", je ne crois pas tenir de discours convenu ou à la mode de "mère indigne mais qui assume, na !" ou que sais-je encore. Je parle juste en accord avec mon vécu, encore très frais, en accord avec ce que j'ai ressenti de plus puissamment beau comme dramatiquement dur. Avec toute l'honnêteté dont je suis capable.
Finalement, est-ce un discours d'hommes que de vouloir lisser la chose, de ne faire qu'admettre que "oui, c'est dur, la fatigue et le manque de sommeil... Mais ils sont géniaux quand même !" ?
Ou alors c'est encore simplement une question de tabou, une "libération de parole" que les femmes commencent à oser et que les hommes ne s'accordent pas encore - parce qu'ils n'ont que plus récemment commencé à "faire leur part du boulot" ?
Ou encore les pères (le mien en particulier) craignent-ils qu'en disant "ça n'est pas que du bonheur", cela sonne comme un désavoeu de leur amour ? Tandis que quoique disent les mères, l'amour qu'elles portent à leurs enfants paraît aller de soi ? Inégalité, inégalité...
Quoiqu'il en soit, je suis heureuse d'avoir pu maintenir mon point de vue lors de cet échange avec mon père, sans culpabilité aucune. Rien n'est parfait dans la vie et je ne crois pas pouvoir dire que la maternité fasse exception.
Même si c'est sans aucun doute l'une des plus belles choses qu'il m'ait été donné de vivre dans la vie.