J'ai plusieurs cordes à mon arc : mère épuisée mais comblée (de Pti Tonique 3 ans et l'Iroquoise 16 mois), rédactrice Web indépendante, squaw libérée, concubine intermittente (quand il nous reste 5 min), cuisinière de trucs rapides qui prennent toujours plus de temps que prévu, écrivaine à la plume de vautour, chevaucheuse de bisons dans les plaines autour de Lyon.
Je réagis rarement à l'actualité et aux polémiques sur ce blog mais ce matin, au petit-déjeuner, j'ai été inspirée...
Avant d’avoir des enfants, je pensais que la violence pouvait être éducative. Par "violence", j’entends « fessée » (les gifles, par contre, ça m’a toujours paru humiliant et très violent – à chacun ses degrés dans la violence, donc). Héritière de mon éducation, je considérais la fessée comme la conséquence d’un comportement inapproprié et insupportable de l’enfant, à un moment donné. Comme un moyen de faire cesser un tel comportement, et éventuellement de se défouler au passage donc c’était parfait, « ça fait du bien à tout le monde ».
Puis j’ai eu mon fils. Et la question ne s’est plus jamais vraiment posée.
Tout d’abord, j’ai découvert que tout ce que je faisais pour prendre soin de lui m’était dicté par mon cœur, mes tripes. Je n’y voyais pas particulièrement l’impact de ce que j’avais vécu enfant mais j’en étais en fait très certainement héritière là encore : je pense que ma mère avait agi avec nous à peu près comme j’agissais avec Pti Tonique, c’est-à-dire avec bienveillance, sans nous laisser pleurer et surtout avec une grosse dose d’amour et d’admiration infinie, comme la grande majorité des mères.
Un jour, Pti Tonique devait avoir 13 mois et tandis que j’étais installée devant mon ordinateur à taper un texte (peut-être même un article pour ce blog il me semble), il n’a pas pu résister à l’envie d’appuyer sur le bouton on/off de l’UC. Le voyant tenté, je lui avais déjà dit non plusieurs fois mais franchement, les boutons, ça fascine les tout-petits et il n’y avait pas grand-chose de beaucoup plus attirant dans le bureau, tandis que je ne m’occupais pas de lui. Immanquablement, l’ordinateur s’est éteint et tout ce que je venais de taper était perdu. Cela a fait monter en moi une colère folle. Pour la première fois de ma vie, de sa vie, j’ai crié sur mon fils. Et je l’ai aussi attrapé sans ménagement pour l’éloigner de l’ordinateur (alors que finalement, « le mal était fait » hein…). Je n’ai jamais ressenti l’envie de le frapper mais il est certain que son comportement m’avait mise hors de moi et que cette colère avait grand besoin de sortir. J'ai alors préféré quitter la pièce et c’est plus le fait de me voir partir que mes cris qui ont dû le faire pleurer… ce qui a eu pour effet de faire fondre ma colère en un instant et de me faire réaliser que : « qu’est-ce qui était le plus important pour moi, dans le fond ? » (une des questions qu’évoque Isabelle Filliozat dans son livre « Au cœur des émotions de l’enfant »).
Etait-ce ce texte que j’étais en train de taper ou le fait que mon fils n’ait pas à me craindre ? Quel message étais-je en train de lui faire passer ?
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Dans le cadre de la campagne 2013 de la Fondation pour l'Enfance contre les violences éducatives, je lis partout (comprendre « surtout sur Facebook ») des parents qui se font taxer de « parents parfaits » parce qu’ils préconisent une éducation « non-violente » et que les autres parents à qui il arrive d’administrer des fessées (et peut-être autre chose mais on va rester sur la fessée) à leurs enfants se sentent jugés/menacés/renvoyés à une certaine incompétence.
Personnellement, ayant déjà parlé à plusieurs reprises ici d’éducation non violente, je ne me vois absolument pas comme un parent parfait. L’éducation non violente, ça ne signifie pas être un monument d’airain 24h/24 et 7j/7 : c’est humainement impossible et ça n’est pas souhaitable. Et qu’enseignerions-nous à nos enfants en ce cas ? Que les émotions ne sont pas bonnes à être exprimées, que rien ne nous atteint tandis qu’eux sont en proie à des sentiments qui les dépassent bien souvent ?
Non bien sûr !
Les parents ont le droit d’être en colère, d’être excédés, de sentir monter en eux la frustration, de voir arriver les « bornes de leurs limites » et de dire STOP. Mais il est possible de le faire autrement qu’avec une fessée. Voilà ce que l’on dit.
Moi par exemple, qui ne suis pas un parent parfait, je crie. Quand je suis seule avec mes deux mini Sioux (de 11 mois et pas tout à fait 3 ans) et que la situation devient très tendue, que je sens monter en moi le ras-le-bol maximum et que je suis au bord de l’implosion, je le dis clairement : prendre une grande inspiration et souffler, ça ne me parle pas du tout !!! Moi, j’ai besoin que ça sorte d’une façon plus « musclée » alors je crie. Pas sur mes enfants, qui ne sont bien souvent pas responsables de mon état (je vais y revenir) mais je crie « en l’air ». Je pousse un énorme soupir exaspéré en mode cri ou grognement, du style « POUUUUUUUUUHHHHH !!!!!!!!! ».
Voilà, c’est ma façon de faire redescendre la pression. Souvent, mes enfants s’arrêtent de pleurer/crier/demander-le-même-truc-en-boucle et me regardent interloqués. Je pourrais aussi aller taper dans un coussin (bof) ou m’isoler (mais c’est difficile avec une Iroquoise qui n’aime pas trop qu’on quitte la pièce) mais pour l’instant, je n’y parviens pas. Le but de la manœuvre, c’est de faire comprendre à l’enfant qu’on a atteint nos limites et qu’il va donc falloir que tout le monde fasse un effort.
En effet, bien souvent, ça n’est pas tant que l’enfant est « insupportable », même si c’est plus simple de le dire comme ça (et moi la première), c’est surtout que notre seuil de tolérance est extrêmement bas à un moment donné, pour une raison X ou Y. Par exemple, hier soir, je suis allée chercher mes enfants à la crèche à 18h, puis nous avons dû aller faire quelques courses et nous sommes arrivés à la maison à 18h40. Là, il fallait que je cuisine un truc vite fait avant de les emmener au bain. J’avais mis la petite par terre près de moi avec des jeux mais je la sentais fatiguée et prête à s’impatienter, et puis le grand n’arrêtait pas de me solliciter pour des choses qui me paraissaient futiles et je n’avançais pas…. Jusqu’à ce que je me rende compte qu’il venait de faire pipi sur le canapé !!! Grosse exaspération en moi, tout ce qui me venait à la bouche étant « MAIS POURQUOI ???? Pourquoi tu n’es pas allé aux toilettes ??? ». Je m’efforçais de ne rien lui dire de culpabilisant (pas la peine d’en rajouter une couche, je ne pense pas qu’il en était fier et la propreté est encore récente alors bon…) mais j’étais très énervée et en retournant à mes affaires en cuisine après avoir épongé le plus gros, je me suis dit que j’étais surtout énervée après moi-même. Parce que si je m’étais mieux organisée en amont, le repas aurait pu être prêt (d’autant plus que ça n’était pas si long à faire, finalement, j’aurais pu y consacrer 20 min en journée) avant que j’aille les chercher et on aurait gagné en zénitude. J’étais en colère de m’être mise dans une situation aussi tendue alors que je SAIS dans quel état de fatigue ils sont à cette heure-là et qu’après une journée de séparation, ils ont envie que l’on se retrouve et joue un peu ensemble.
Alors devant mon robot, là, j’ai pris conscience que si j’avais frappé mon fils d’énervement à ce moment-là, ça m’aurait peut-être fait du bien à moi sur le moment (parce que souvent on regrette après coup) mais personne n’en serait ressorti gagnant. Mon fils, qui n’aurait rien appris parce qu’il s’agissait d’un accident et que la prochaine fois qu’il serait à nouveau trop occupé ou très énervé pour aller aux toilettes, il y aurait un autre accident ; moi qui aurait regretté mon geste parce que mon fils n’a pas à être un objet de défoulement.
Vous pouvez le lire chez plein d’auteurs et à de nombreux autres endroits sur la toile mais ce que la fessée « apprend », c’est avant tout à éviter la fessée (et non pas à ne plus reproduire le comportement sanctionné… d’autant que cette notion est souvent floue à la fois pour l’enfant et à la fois parce que le parent aura frappé souvent par excès de colère plus que pour répondre à un acte en particulier qu'il sanctionnerait systématiquement).
Elle met aussi l’enfant face à une grande contradiction : « Moi je n’ai pas le droit de frapper mais en même temps, on peut aussi me frapper "pour mon bien" ?! ». La fessée lui dit qu’il est normal d’être frappé par plus fort que soi et il pourrait donc s’imaginer qu’il doit « se laisser faire » par tous les adultes (ce qui peut entraîner des dérives et non dénonciation en cas de sévices reçus par des personnes extérieures)… et si on lui explique que ce n’est pas le cas, une fois encore, où est la logique dans tout ça ? « Moi, ton parent, je te frappe pour ton bien mais les étrangers eux, n’ont surtout pas à lever la main sur toi ! »… quelle vision cela donne-t-il de l’amour ?
L’enfant la vit systématiquement comme injuste et aura bien souvent besoin de décharger cette violence reçue sur autrui (frapper le frère ou la sœur plus jeune, les camarades plus faibles) ou dans des activités qui lui donneront une illusion de pouvoir (jeux vidéo violents, comportements borderline). On peut considérer que je fais des raccourcis mais je n’en suis pas si sûre… L’avenir nous le dira en tous cas.
Ce n’est qu’à l’âge adulte que l’on commencera à légitimer les coups que nos parents nous ont administré en pensant bien faire. J’entends souvent des gens dire qu’aussi, ils en avaient bien besoin, qu’ils étaient difficiles, qu’ils remercient leurs parents de leur avoir mis des cadres parce qu’ainsi, ils n’ont pas mal tourné, etc. Et puis bien sûr, il y a ce bon vieux « je n’en suis pas mort-e ». Je ne m’attarderai pas sur cette dernière assertion car si l’on devait trouver normal d’endurer tout ce qui ne nous tue pas, on n’aurait jamais légiférer sur la cruauté, la torture physique et psychologique, et que sais-je encore... on vivrait dans un drôle de monde !
Pourtant, que se disaient ces mêmes adultes, qui valident les châtiments reçus étant enfants, au moment où ils les ont reçus ? Les jugeaient-ils normaux, mérités, proportionnés, pertinents et empêchant la récidive ?? Je ne crois pas. Personnellement, lorsque j’ai reçu des fessées, j’y ai surtout vu l’expression de l’énervement extrême dans lequel se trouvait mon père ou ma mère à ce moment-là. J’ai compris que je n’avais pas intérêt à revenir vers eux demander quelque chose pour l’instant parce qu'ils n'étaient pas en mesure de m'écouter et qu’il fallait que je me tienne à carreau pendant un temps (et encore, ça, c’est parce que je n’ai jamais eu un tempérament frondeur ou pas excessivement rebelle à ce moment-là). Mais je ne crois pas que cela m’ait jamais empêchée par la suite de suivre mes envies, qui n’ont pas toujours été au goût de mes parents. Parce que la seule façon d'apprendre, c'est d'expérimenter. On n'apprend pas dans la contrainte.
En fait, ce que je me disais hier soir dans ma cuisine et qui me semble être l’un des meilleurs arguments "anti violence éducative", c’est que le même comportement de notre enfant un jour où l’on se sent en harmonie avec nous-mêmes et un autre jour où on sera sous pression et sujet à de nombreux soucis, n’aura pas du tout le même impact sur nous. Mon fils qui a décidé de faire caca partout sauf dans le pot pour l’instant (dans son slip, par terre, etc), il y a des jours où je vais accueillir ça avec humour (tout en faisant passer le message qu’on ne fait pas caca par terre et que ça serait mieux dans le pot ou sur les toilettes la prochaine fois) et d'autres jours avec énervement (« mais pourquoi ???? je t’ai déjà dit de nous demander le pot quand tu as envie de faire caca, j’en ai marre de ramasser par terre, etc etc etc »). A partir du moment où cette dichotomie existe, comment penser que la fessée répondra à un besoin de l’enfant « d’être éduqué » et non plutôt à un besoin du parent « de se défouler » ?
S’il n’y a plus que ça comme question de fond et que vous avez envie de faire autrement, je vous répondrai que ce ne sont pas les ressources qui manquent !
Mais avant de passer aux ressources, je voudrais évoquer un dernier point, que j’ai lu dans des commentaires hier sur Facebook et qui est un questionnement tout à fait pertinent, nous y avons certainement tous été confrontés un jour ou l’autre : « oui mais mon enfant, lui, me frappe ! comment faire ? ». Quelqu’un a répondu : lui expliquer qu’il ne faut pas le faire, lui dire non et le répéter inlassablement, ça finira par rentrer. Ce qui est tout à fait vrai.
Il est aussi fortement souhaitable d’exprimer à l’enfant notre douleur, notre ressenti pour qu’il identifie les conséquences de ses actes. Et puis s’il ne veut pas arrêter, dans la mesure où il est délicat de le ficeler (sic), il suffit de se mettre hors de sa portée. On lui enlève alors son moyen d’action. Bien sûr, ça risque de ne pas lui plaire. Je me souviens d’une fois comme ça où mon fils me suivait dans la maison parce qu’il voulait absolument me taper. J’ai fini par aller dans le bureau et je lui ai fermé la porte au nez (pas à clé mais ça a suffi) en disant que si c’était comme ça, je préférais m’isoler plutôt que d’être frappée. Il ne l’a pas bien pris et s’est mis à pleurer de frustration il me semble. J’ai alors pu revenir vers lui et lui disant que je refusais de me laisser frapper, en lui expliquant à nouveau pourquoi, en lui disant que quand il avait besoin de se défouler, il pouvait le faire sur un coussin par exemple mais qu’on ne frappe pas les autres. Nous avons ensuite fait un gros câlin.
Ca peut paraître long voire fastidieux mais je crois que ce sont là certaines des caractéristiques intrinsèques de l’éducation.
Ici-même, j’ai très récemment abordé la question d’accueillir les émotions difficiles des enfants : ces émotions qui nous excèdent justement parce qu’elles sont exprimées très fort, au moyen de cris, d’une manière qui nous paraît souvent disproportionnée, et qu’il est difficile de se faire entendre dans ces moments-là : quelques pistes de réflexion dans mon retour sur le premier atelier Faber et Mazlish que j’ai suivi.
Tout d’abord, une ressource gratuite et vite lue, accessible en ligne : le petit fascicule « Sans fessée, comment faire ? », qui contient lui-même une intéressante bibliographie à la fin.
Et puis les « grands » auteurs en la matière (du moins ceux que je consulte le plus et qui fournissent des outils que j'ai pu mettre en application réelle) :
J'aime aussi le blog de la communicante Sandrine, dont l'approche souvent pragmatique et riche d'outils me parle bien : S Comm C le blog.
Et il y a bien sûr de nombreux articles à ce sujet sur les Vendredis Intellos, dans la catégorie Education Non Violente.
Vous pouvez compléter ces références en commentaires si vous le souhaitez, et je ne doute pas qu'il y a plein d'autres bonnes lectures en la matière ! L'essentiel étant de trouver ce qui nous parle.