J'ai plusieurs cordes à mon arc : mère épuisée mais comblée (de Pti Tonique 3 ans et l'Iroquoise 16 mois), rédactrice Web indépendante, squaw libérée, concubine intermittente (quand il nous reste 5 min), cuisinière de trucs rapides qui prennent toujours plus de temps que prévu, écrivaine à la plume de vautour, chevaucheuse de bisons dans les plaines autour de Lyon.
Le récent billet de Maritournelle m'a inspiré ce qui suit.
Lorsque je suis arrivée dans la région lyonnaise, les gens qui savaient d'où j'arrivais me croyaient tout naturellement originaire de là-bas, de la Ville Pluvieuse. Ce à quoi je m'empressais toujours de répondre :
- Noooon, j'ai vécu un moment là-bas mais je n'en suis pas originaire ! (grand Dieu non !!)
- Ah bon, tu es d'où alors ?
- Bin...
Là, selon si j'ai envie de raconter ma vie à mon interlocuteur, je développe ou pas. Et il me prend pour une fille compliquée ou pas.
En effet, je suis bien née quelque part, comme tout un chacun (à savoir dans les plaines désertiques du Dakota du Nord bien sûr...). Mais cette ville du sud, que nous appelerons Ville du Sud 1, je n'y ai passé que 5 ans, avant qu'une mutation professionnelle paternelle nous conduise, ma famille et moi, dans une autre ville du Sud, Ville du Sud 2 (admirez l'inspiration ! "Et elle s'imagine qu'elle va écrire 50 000 mots en 1 mois, avec une telle imagination ?"
). Dois-je dire que je suis originaire de Ville du Sud 1 ? Car si on me questionne à ce sujet, je ne sais quasiment rien de cette ville. Il m'est arrivé d'y passer depuis lors mais jamais de façon à la connaître vraiment et ça n'est pas une ville qui m'attire particulièrement.
En général, j'explique donc qu'à choisir, je me sens plutôt originaire de Ville du Sud 2; où j'ai passé ma prime enfance et un total de 9 ans, car c'est le lieu dont je suis le plus nostalgique - même si tout n'y fut pas parfait (loin s'en faut). Déjà, là, les gens ont soit l'impression que je leur raconte ma vie et que je vais plus les lâcher, soit que je me la raconte tout simplement, genre "moi, je choisis d'où je suis originaire, je suis comme ça, libre comme le vent !" (UGH !).
Donc j'abrège la fin de l'explication et je dis "ouais enfin, je suis du Sud quoi !". Et souvent, je me prends en retour un "Ah pourtant, t'as pas l'accent !". Ok, manges-toi ça...
Et oui, le fameux accent, les non-Sudistes s'y accrochent comme la purée de carotte séchée sur un bavoir de bébé tout juste diversifié (on a les analogies qu'on peut hein...) ! Si tu l'as pas, t'es pas vraiment du Sud, t'es pas folklo du tout ! Au cas où tu l'ignorerais, le Sudiste est en fait censé être un bouffon divertissant qui joue à la pétanque tous les soirs en sirotant un petit jaune, un marcel sur le dos et un "peu chère" (ou "fan de chichoune") à chaque bout de phrase...
Bref.
Tout ça pour dire que je n'ai jamais su répondre (simplement) à la question "t'es d'où ?". Ce non enracinement me cause donc encore parfois quelques difficultés en soirées (genre tu sais, les cocktails mondains où je vais tous les soirs) mais il est aussi mon identité, il m'a construite, il peut même parfois constituer une petite fierté ("moi, j'ai pas de port d'attache, tu vois", toussa...). Lorsque j'étais encore dans le Sud, et donc encore relativement jeune, je ne m'étais jamais trop posée la question mais en arrivant à Ville Pluvieuse, quand j'ai sympathisé avec des personnes de mon âge qui me disaient avoir toujours vécu dans le même village et dans la même maison depuis leur naissance, je trouvais ça carrément flippant ! Tu me diras, il y a des gens pépères "heureux dans leur région" quelle que soit la région (le plus grand rêve d'une "camarade" de classe du Sud était bien de voir Paris un jour...), faut pas mettre ça sur le dos des gens de Ville Pluvieuse.
Mais y'en a quand même une qui m'a aussi raconté que ses parents étaient nés et s'étaient connus dans Village Pluvieux (oui, on habitait à la campagne, pas dans Ville Pluvieuse même... oh les pecnos quoi !), où ils avaient "choisi" de rester d'habiter. Puis leurs enfants étaient nés là. La fille en question envisageait à son tour de faire ses études puis de revenir finir ses jours vivre à Village Pluvieux (non mais genre toute la vie ???? t'es sûre ??? arghhhh). Encore, y'a des coins comme Ville du Sud 2, je peux comprendre qu'on ait pas envie d'en partir (= habiter ailleurs), même si j'aurais du mal à comprendre qu'on ne s'intéresse pas un chouïa au reste du pays pour autant.
En ce qui me concerne, si je devais me dire que j'allais finir mes jours là où je vis actuellement, je me mettrai immédiatement sous Prozac. Non pas que je ne me plaise pas là où je suis mais... je ne sais pas. J'ai tellement l'habitude de bouger, déménager, que rien ne soit figé (j'ai vécu dans 6 maisons différentes avec mes parents, 4 appartements étudiants et 3 domiciles différents depuis que je suis avec Mr Sioux). Depuis que nous avons emménagé dans cette maison, achetée il y a 2 ans, je réponds toujours à ma voisine et amie qui évoque des sujets sur le long terme : "Non mais nous, dans 10 ans, on sera plus là !!!", ce qui ne laisse pas de l'étonner (ses réponses allant de "mais qu'est-ce que t'en sais ?" à "bin pourquoi, vous êtes pas bien ici ?"). Je sais pas où on sera mais je suis persuadée que la vie nous aura amenés à bouger de toutes façons. Et puis aujourd'hui, pour le boulot, on est tous amenés à le faire un jour ou l'autre semble-t-il.
Et moi, ça me va très bien. Est-ce que cette habitude m'a rendue plus sujette à une rapide lassitude ? Ou m'a juste donné envie de découvrir toujours plus, toujours ailleurs ? (admirez la syntaxe et le sens profond de cette phrase !) Je ne sais pas.
Au final, on pourrait en conclure que je ne sais pas vraiment d'où je suis, ni où je vais. (j'ai l'air paumée ? dîtes "non" s'il vous plaît)
Mais ça me plaît.
PS : je pense à un truc tout à coup (enfin pas tout à coup mais plutôt en cherchant une image pour illustrer cet article). Petite, j'ai toujours eu une peur phobique de marcher sur les racines des arbres ou des végétaux qui affleuraient de la terre. Surtout les énormes racines des grands arbres qui ressortaient massivement et s'étendaient longuement... Brrrr ! Une analogie avec mon histoire personnelle ? (psycho de comptoir quand tu nous tiens). Ou juste un traumatisme lié à ce foutu dessin animé dans lequel les héros se faisaient attraper et suspendre dans les airs par les racines de méchants arbres enchantés, qui s'arrachaient subitement à la terre ? [quand je vous dis que ma vie est palpitante...]