J'ai plusieurs cordes à mon arc : mère épuisée mais comblée (de Pti Tonique 3 ans et l'Iroquoise 16 mois), rédactrice Web indépendante, squaw libérée, concubine intermittente (quand il nous reste 5 min), cuisinière de trucs rapides qui prennent toujours plus de temps que prévu, écrivaine à la plume de vautour, chevaucheuse de bisons dans les plaines autour de Lyon.
Lors de ma préparation à la naissance, qui n'était franchement pas transcendante (mais j'en reparlerai aussi), la sage-femme nous avait donné quelques "pistes" quant aux choses à faire et à ne pas faire durant le séjour à la maternité, et notamment relativement aux visites. Cela avait d'ailleurs fortement étonné ma mère quand je lui avais raconté car à son époque, le personnel soignant ne s'occupait pas de te donner son avis sur comment gérer tes visites à la maternité, ça n'était pas franchement de leur ressort ; elle évoquait un certain phénomène de mode (sic) selon elle, qui voudrait que les parents du bébé soient complètement isolés et tranquilles après la naissance - ce qui ne semble pas être une évidence ni une chose forcément bénéfique à son sens. Mais elle disait ça parce qu'elle était en colère, va. Je la comprends... mais nos intérêts n'étaient pas très compatibles à ce sujet - elle impatiente de rencontrer son 1er petit-enfant, l'enfant porté par la fille qu'elle avait elle-même porté, moi pleine d'appréhensions de nullipare qui veut montrer qu'elle gère et n'a besoin de personne.
Donc la sage-femme nous avait sorti sa théorie des 3 jours qui veut qu'il ne faut pas recevoir de visite avant le 4e jour parce que : le 1er jour, tu as accouché, tu es vannée, tu as autre chose à faire. Le 2e jour, bébé commence à se remettre de l'accouchement et fait des siennes (il serait ingérable paraît-il.... personnellement, pendant les 3 premiers mois, j'ai trouvé que tous les jours se ressemblaient). Et le 3e jour, BAM, tu te prends un retour d'hormones dans la geule, tu pleures toutes les larmes de ton corps, c'est la fin du monde, sors les mouchoirs, t'es pas en état de recevoir. OK. Why not ?
Ca m'avait paru un rien caricatural tout ça mais bon. Et ma mère de plaider qu'à sa connaissance, c'est plutôt au moment du retour à la maison qu'on a le moral dans les chaussettes et qu'on pleure non stop (et elle avait raison. Mais passons).
Le schéma temporel caricatural de la sage-femme correspondait cependant assez à nos souhaits en la matière. C'était déjà l'etat d'esprit de Papa Sioux qui craint toujours de se faire envahir (surtout par ma famille, of course) et nous souhaitions tous les deux avoir du temps pour créer notre bulle à 3, nous laisser le temps de nous rencontrer et de nous découvrir sans tiers. De mon coté, je craignais également - crainte qui s'est avérée infondée - de recevoir pléthores de conseils de la part de mères plus expérimentées (les grands-mères par exemple) et de ne pas avoir le loisir de découvrir et faire les choses par moi-même avec mon petit bout tout neuf, comme une mère débutante que j'étais - et que nous sommes toutes un jour.
Cela nous a poussé à décider assez rapidement que seuls les grands-parents seraient autorisés à nous rendre visite, et pas avant le 3e jour suivant l'accouchement. Oui, ça rigole pas, on se met des règles nous !
Finalement, j'ai accouché un vendredi en fin de journée et les parents de Papa Sioux sont venus le dimanche après-midi. Ca allait, je me sentais plutôt capable de les recevoir et ils ne sont pas restés longtemps. De son côté, ma mère a dû patienter jusqu'au lundi après-midi, comme le dictait notre "règle" initiale et elle a très mal vécu cette attente - mais c'est une autre histoire.
Cela dit, l'argument également cité par la sage-femme selon lequel les interdictions de visite durant l'épidémie de grippe A avait favorisé de nombreux allaitements ne me paraissait pas infondé. De mon côté, ce ne sont pas les 2 visites tardives que j'ai reçues qui ont pu perturber la mise au sein - problématique dès le départ - de Pti Tonique ; mais je veux bien croire que quand on a la chambre envahie de visiteurs du matin au soir, ça laisse peu de temps pour se consacrer sereinement à la mise au sein.
Qui c'est- qui vient de mettre 18h à accoucher et qui est trop contente qu'on vienne lui rendre visiter pour lui offrir un fabuleux petit body rose à dentelles ?
A ce sujet, j'ai récemment recueilli les exemples de mes 2 amies qui ont accouché en mai dernier :
- Mon amie lyonnaise, qui m'avait conviée à lui rendre visite à la maternité lors qu'elle aurait accouché. Je l'avais prévenu qu'il valait mieux qu'elle voie ça quand elle y serait et me dise à ce moment-là ce qu'elle souhaitait que je fasse, parce qu'on a parfois besoin de tranquillité dans ces moments-là, je n'étais pas aux pièces.
J'avoue que quand j'ai su qu'elle avait accouché, je ne pouvais m'empêcher d'avoir envie d'aller lui faire un petit coucou (comme tous les gens qui n'ont jamais eu d'enfants et ne réalisent pas combien c'est égoïste et que les parents et le bébé ont besoin de calme et d'isolement) mais n'ayant aucun signe de sa part dans ce sens, je me suis abstenue. De son coté, Papa Sioux avouait ne pas comprendre ce besoin qu'ont les gens de se précipiter dans la chambre de la jeune accouchée dès l'instant où ils ont connaissance de la naissance. Pour lui, ça ne change rien d'attendre quelques jours, le bébé sera toujours là et les parents auront pris leurs marques ("et se seront reposés" allais-je bêtement ajouter... la bonne blague !)
En fait, il s'est avéré que cette amie avait eu un accouchement particulièrement difficile et épuisant, à tel point que les médecins lui avaient conseillé de beaucoup se reposer et de ne pas recevoir de visites. De plus, cela serait bénéfique pour la mise en route de l'allaitement. Elle n'a donc vu personne - par contre, les familles ont débarqué et se sont relayées à son domicile dès le lendemain de sa sortie de la maternité (pas idéal non plus mais bon...).
- Mon amie parisienne m'a raconté quelques semaines après son accouchement combien les visites reçues l'avaient fatiguée. Pendant tout son séjour, sa chambre n'avait pas désemplie, les visites s'étaient succédées tous les après-midi, seul moment où son fils dormait et où elle aurait pu se reposer elle-même. Ajouté à quelques autres difficultés de santé liées a l'accouchement et logistiques liées à leur logement, elle était rentrée chez elle complètement épuisée et stressée. Cet ensemble d'évènements n'a sans doute pas contribuer à créer de conditions favorables à la mise en place de l'allaitement et devant les difficultés de son fils à téter + sa propre fatigue et le temps qu'elle passait à tirer son lait, elle a préféré renoncer au bout de quelques semaines. Elle m'a ensuite confié combien elle avait regretté ce rythme infernal des visites et les gens qui s'attardaient, ne réalisant pas bien où ils se trouvaient (pas dans le salon de mon amie ni dans un café) et que la prochaine fois, elle les refuserait, d'autant que leurs familles à tous deux étaient éloignées et que ça n'était pas les gens les plus proches qui leur ont rendu visite dans les premiers jours de leur découverte de la parentalité.
Et vous, vous aviez édicté des règles dignes d'un Goulag ou laissé venir les gens avec leurs petits cadeaux enrubannés ?
EDIT du 23/06/2011 - 13h30 : Et bien, moi qui écrivais ce petit article comme ça, mardi soir, je ne pensais pas toucher à un sujet qui allait autant mobiliser l'opinion et les commentaires (faut dire qu'Hellocoton y est aussi pour quelque chose) ! Je suis contente de vous avoir lues toutes. Je suis aussi rassurée de constater, qu'en majorité, nous faisons toutes le constat qu'il est essentiel de profiter du séjour en maternité pour découvrir bébé et se reposer, quitte à organiser les visites et à se positionner fermement là-dessus auprès de nos proches. Merci pour tous vos messages !