J'ai plusieurs cordes à mon arc : mère épuisée mais comblée (de Pti Tonique 3 ans et l'Iroquoise 16 mois), rédactrice Web indépendante, squaw libérée, concubine intermittente (quand il nous reste 5 min), cuisinière de trucs rapides qui prennent toujours plus de temps que prévu, écrivaine à la plume de vautour, chevaucheuse de bisons dans les plaines autour de Lyon.
Il y a un proverbe qui dit : S'aimer, ce n'est pas se regarder l'un l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction.
Depuis 20 mois, Mr Sioux et moi n'avons jamais eu aussi peu de temps pour notre couple, pour "s'aimer" si l'on puit dire (et je parle pas juste de sexe hein !). Pourtant, nous n'avons jamais autant regardé dans la même direction : celle de notre fils.
Est-ce à dire que nous nous aimons plus fort que jamais à travers lui ? Est-ce à dire que nous sommes invincibles, au regard de la définition susmentionnée de l'amour ?
Je ne crois pas.
Ce que signifie cette phrase, c'est que l'amour fusion, l'amour passion ne suffit pas, le couple a besoin d'objectifs communs, d'une vision au moins partiellement commune de la vie. C'est en tous cas ce que je comprends.
C'est vrai qu'avec Mr Sioux, nous avons des visions de la vie et une appréhension des choses, des goûts qui se rejoignent sur de nombreux points - ce qui peut paraitre surprenant quand on sait que nos familles ne se ressemblent pas tant que ça. Bien sûr, on pourrait dire qu'elles sont à peu près du même "milieu socio-culturel" comme on dit, mais il n'empêche que nous n'avons pas été élevés tout à fait de la même façon et que nos parents respectifs n'ont d'ailleurs pas grand-chose à se dire en-dehors des politesses d'usage.
Dès les débuts de notre relation, je me souviens que nous nous félicitions fréquemment de cette communauté de goûts, de mode de vie, d'envies. Nous en étions encore joyeusement surpris au bout de quelques années, nous nous y lovions, nous en étions toujours aussi ébahis et comblés.
Aujourd'hui, je me dis juste que l'amour évolue beaucoup avec l'arrivée de l'enfant. Il faut trouver de nouveaux moyens de s'aimer et de se le montrer chaque jour. Savoir dépasser le sentiment d'urgence et de débordement permanent, marquer une pause et dire un mot gentil, avoir une attention brève mais sincère, déposer un baiser.
Il y a quelques temps, j'ai lu un bouquin léger et agréable, La Délicatesse, de David Foenkinos (qui vient d'être adapté au cinéma je crois mais bon, comme j'y suis pas allée depuis 20 mois...). A un moment donné, l'héroïne dit ça (page 28) :
Les années passèrent ainsi, et tout paraissait si simple. Alors que les autres faisaient des efforts. Nathalie ne comprenait pas cette expression : "Un couple, ça se travaille." Les choses étaient simples ou elles ne l'étaient pas, selon elle.
Alors moi, la Nathalie, je l'aime bien mais j'ai un peu eu envie de lui dire : "Toi, on voit bien que tu n'as pas d'enfant !!!"
Non, sérieusement, je ne peux pas dire que mon couple ait été ébranlé par l'arrivée de notre fils. Que nous ayons été chacun ébranlé, épuisé, métamorphosé, ça oui, c'est indéniable ! Mais en tant que couple, nous avons simplement reçu un éclairage différent. La naissance de notre fils en a révélé la partie "couple parental", cette partie que j'admire chaque jour, fière de notre communion d'esprit à ce sujet, de la simplicité avec laquelle les choses se font. Heureuse de ne pas avoir eu à me battre à propos de "allaiter ou pas, et la place du père, et combien de temps, bla bla bla", "laisser pleurer ou pas", "porter à la demande ou pas", "fesser ou pas", etc. Heureuse que les choses s'imposent à nous dans la même évidence en termes d'accompagnement dans l'évolution de notre enfant.
Heureuse que nous commencions à être prêts, presque en même temps, pour le confier et reprendre du temps à deux, que ce soit pour une soirée ou un (petit) week-end, sans que l'un de nous ait eu à se faire violence ou à subir la pression de l'autre pour cela.
Il y a des soirs où je me rends compte qu'il nous reste encore du chemin à parcourir pour arriver à l'équilibre. Pour que je ne m'impatiente plus dans l'attente de son arrivée, afin qu'il prenne en charge son fils pendant que je prépare le repas, afin qu'il voit de lui-même qu'il y a une machine à étendre pendant que je suis occupée ailleurs, du chemin à parcourir pour que je réalise un peu plus souvent, au-delà du quotidien, à quel point nous pouvons nous estimer heureux de tout ce que nous avons, à quel point j'ai trouvé la perle rare et je devrais le lui dire plus souvent que les détails domestiques qui importent bien peu dans le fond.
Nous rêvons, par moments, à des instants volés à deux - et tentons de les obtenir à l'occasion - mais ce qui nous rend vraiment heureux, c'est d'imaginer des moments ensemble, tous les 3, et a fortiori bientôt, tous les 4.